‹ Histoire de Madame BaratChapitre 52 sur 311 · I .louriinl (lu nov. df Mniili.-t , l") iiov, iK · texte numérisé non relu

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MADAME HENRIETTE COPPENS 119

Christ. Sa mère, restée veuve encore jeune avec plusieurs enfants, aimait Henriette de prédilection. Celle-ci ne l'aimait pas moins : elles en étaient venues à ne pouvoir plus vivre une heure séparées l'une de l'autre. Aussi, quand le Seigneur fit entendre à la jeune fille qu'il la voulait à Lui, la vue du chagrin de sa mère la fit tomber malade : elle faillit mourir. « Le 6 décembre 1813, fête de saint Nicolas, raconte la grave religieuse, ayant été administrée à trois heures de l'après-midi, je restai pendant deux jours sans connaissance. Pendant ce temps, je fus comme transportée dans le ciel, et placée entre sainte Thérèse et saint Augustin. J'y goûtais de telles délices, que, lorsque la Sœur noire qui me donnait des soins essayait de me rappeler à la vie par des remèdes, je ne voulais rien prendre, tant cet état bienheureux me donnait de consolation*. »

Sortie de là presque miraculeusement, Henriette, après bien des luttes", des larmes, des prières, put enfin entrer au Sacré-Cœur de Dooresele, où son amie et parente Eulalie Gonthyn et sa compatriote Louise Antonia de Limminghe la suivirent de près. Là, son cœur longtemps comprimé déborda. Son noviciat se passa tout entier dans les larmes délicieuses dont plus tard elle se reprochait l'amoureuse douceur : « Je me souviens surtout, disait- elle, d'un certein petit grenier oi^i j'étais envoyée, et où rien ne venait troubler ma chère solitude. Je trempais tous les jours plusieurs mouchoirs de mes larmes. » Devenue assistante de la mère de Penaranda, nous l'avons vue rentrer, en 1823, au Sacré- Cœur de Paris. Quelques années plus tard, M""'^ Barat

1 Sa notice. Ldlrcs annuelles de 1863, v-xxv.

la donna à la mère Desmarquesl comme sous-maîtresse des novices. Mais c'est dans la direction du noviciat de Montet que son mérite parut dans une douce lumière. « M""" Henriette conduit la maison à merveille, écrivait la mère Barat en 1831 , et je n'ai qu'à remercier Dieu de la bonne direction qu'il répand par elle sur ce petit troupeau ^ »

Nul éclat, cependant, ne signalait au dehors cette âme équilibrée et toujours voilée de modestie. Froide, calme comme une Belge, la mère Henriette régnait surtout par deux vertus : un profond et solide bon sens et une invariable droiture de cœur. Son aspect, qui commandait d'abord la réserve, ne parvenait que peu à peu à gagner la confiance; mais alors c'était une confiance sans bornes. L'extérieur de sa personne , comme toute sa manière d'être, était le miroir de la pureté immaculée de son âme. On y voyait reluire l'ordre et la correction dans la simplicité, la décence dans la pauvreté, et une délicatesse de propreté qui, chez elle, était élevée à la dignité de vertu : on l'appelait l'Hermine. Ses mains se prêtaient à tout avec humilité, mais son cœur restait libre, et se tirait de tout pour remonter vers le ciel. On a dit que personne n'avait plus qu'elle le don de passer doucement en Dieu, sans secousse, sans effort, par une pente naturelle, comme la pente de l'eau qui va à l'Océan.

Jésus- Christ était toute sa vie; et que de ibis ne l'a-t-on pas surprise dans sa chambre, à genoux, la face collée devant la petite ouverture de sa celhilo, (jui donnait sur le Tabernacle! Mais pour elle aimer Jésu> ,

< A M"'« ili' Liiiimiiiirlie. 7 mars IKil.

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c'était lui obéir en faisant son devoir. « La perfection de l'amour n'est pas dans les extases , mais dans l'accomplissement de la volonté de Dieu , » disait saint Vincent de Paul. C'était aussi la règle de la mère Henriette : « Vivre sans choix', — ne tenir à rien, — souffrir, épouser la croix, — ne dire que oui et non, toujours oui à la grâce, toujours non à la nature : » — telles étaient les maximes qu'elle donnait à ses filles, et nulle ne pouvait refuser de la suivre dans les voies âpres où on la voyait s'élancer si généreusement la première.

Il est vrai qu'elle savait rendre ses leçons attrayantes. Parfois, aux récréations, la communauté descendait dans laThébaïde, vallée pleine d'ombre et de verdure, rafraîchie par des eaux vives, qui formaient, dans leur détour, une petite île où régnait dans une grotte la statue de Marie. Quelques-uns des entretiens de ces récréations avaient le caractère élevé de ceux de saint Augustin avec sa mère et ses disciples à Gassiacum : « Qui me dira, demandait un jour M'"*" Henriette à ses novices, qui me dira où est le vrai bonheur de l'âme? — Dans l'amour de Notre-Seigneur, répondait l'une; — dans l'accomplissement de sa volonté, disait l'autre; — dans la croix; — dans le ciel... » Alors elle, souriant : « Le vrai bonheur de l'âme est dans le repos des désirs. » Elle aimait à voir chez ses filles la joie spirituelle , la dilatation : « Il faut être dilatée dans la maison de Dieu, leur répétait-elle; 'Dieu aime les âmes gaies. » Les âmes sont comme les plantes; il n'y a que celles qui sont largement épanouies qui reçoivent abondamment la rosée du ciel et produisent des fruits.

Aux grands jours , novices et pensionnaires montaient

dans de vastes bois de sapins et de chênes, dépendant de la maison, où Ton passait la journée. C'était à une lieue de là. Gravissant des pentes agrestes, et précédé par l'àne chargé des provisions , on atteignait un sommet qu'on avait nommé le Thai)or, et d'oi^i la vue découvrait les glaciers des Alpes, la vallée peuplée de troupeaux, parsemée de chalets, et les trois lacs de Neufchâtel, de Morat et de Genève. On avait là, dans l'élévation des montagnes, la profondeur des forêts, l'immensité du ciel, la beauté des vallées et la pureté des eaux, une ravissante image des attributs de Dieu. La harpe traditionnelle était aussi du voyage. On chantait des cantiques. « Lorsqu'à l'heure de l'office, raconte une contemporaine, rassemblées sous les grands arbres, nous récitions les psaumes où le prophète invite les eaux, les bois, les neiges, les collines et les montagnes à bénir le Seigneur, il nous semblait que toute cette belle création répondait aux invitations du saint cantique ^ »

Ce fut le 19 août que M""' Barat, accompagnée de la mère de Limminghe, arriva à Montet. A la première récréation, elle se rendit de préférence au milieu des novices : « J'aime le petit comité, mes chères enfants, leur dit- elle; parlons de Notre- Seigneur. » Mais la communauté n'eut pas plutôt connu sa présence au noviciat que toute la place fut envahie, « si bien, (|u'à défaut de chaises , beaucoup n'cuient (jue la ressource de s'asseoir sur leurs talons, à la cannclUe, » rapporte le journal.

I V. Nnlirr sur lu mn;: II. Coppriis . fylln'^ ,i)i/n/. •//,•>■ Isi',', M"" Dtdcrtre,

SES COiNFÉRENCES A MOrsTET 123

Les entretiens de la sainte mère se faisaient tantôt dans le petit bois de la Thébaïde, tantôt dans le jardin, dans l'île, ou près d'une grotte que l'on nommait Manrèze. « C'est là, rapportent les novices, que, rassemblées à ses pieds, nous avons vu s'écouler les instants les plus délicieux. Nous sentions, en la quittant, que nos cœurs battaient plus fort d'amour pour Jésus- Christ K » Un jour elle leur donnait à deviner le sens de cette parole de Notre- Seigneur à sainte Thérèse : « Cherche- toi en moi. » Et, partant de là, elle disait quelle nécessité et quel bonheur il y a à s'oublier soimême pour se perdre en Dieu. Un autre jour, empruntant la parabole du figuier, elle en faisait ressortir l'amour de Jésus , le divin et patient jardinier des âmes, en même temps que le malheur de l'arbre qui ne porte pas de fruit. Mais oia l'on vit surtout son zèle se déployer, ce fut dans la retraite qu'elle ouvrit elle-même par une belle conférence, le samedi 10 septembre 1836. Son. instruction fut sur ce texte si bien approprié à ce lieu et à ce saint temps : Je conduirai l'âme dans la solitude, et je parlerai à son cœur. « Vous l'avez entendu, mes filles, leur dit-elle, c'est une promesse infaillible: Dieu même vous parlera. Mais c'est à la condition que vous ferez en vous la solitude du cœur par le dégagement, la fidélité, l'abandon à lui. Faites le désert, faites le silence, car le Seigneur est proche; prêtez roreille à sa voix; et quel que soit le sacrifice qu'il demande de vous, répondez - lui généreusement : Mon cœur est prêt. Seigneur! mon cœur est prêt. »

La retraite fut fervente. Quand, au bout de huit jours

1 Journal de Montet, 1836, 27 septembre.

le TeDeum de clôture eut été chanté, et qu'il fut enfin permis de rompre le silence, M'"'' Barat en donna le signal par celte parole : « Que le Seigneur est bon ! » Une grande promenade couronna ces jours de grâces. « Mais, observe le journal, nous ne fîmes que traverser la grand'route , où nous osions à peine poser le pied , semblables à de timides colombes qui fuient les traces des mortels; et prenant de verts sentiers, nous nous réfugiâmes dans un lieu solitaire où la vue d'une belle nature portait les âmes à Dieu. Aussi ne pouvions-nous parler que de ce bon Maître '. »

M""" Barat voulut voir chacune de ses filles en particulier : « Je resterai longtemps à Montel, écrivait -elle dès le 20 août 1836, cette visite sera longue : il y a tant de monde ! »

Environ soixante religieuses, professes, probanistes ou novices, composaient alors la maison de Montet. C'était donc une grande école de vie religieuse; et grâce à sa solitude, à sa pauvreté, et sans doute aussi à ce surcroît de bénédictions que Dieu accorde à ceux qui se consacrent à lui dans les époques troublées, il s'y formait des âmes fortes , dont plusieurs étaient appelées à remplir de hautes charges ou à donner de beaux exemples dans la Société.

Une de celles que M'"'' Barat avait le plus remarquées dans ses derniers voyages était Clémence Caumont, C'était la fille chérie d\ino riche famille de Rouen, que les événements de Juillet avaient conduite à Fribourg, où ses frères étaient élevés. Clémence, qu'avait attirée autrefois le Carmel, connut le Sacré-

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