‹ Histoire de Madame BaratChapitre 58 sur 311 · LES DOULEURS DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LES DOULEURS DE L'ÉGLISE

Père, en apprenant les maux qui déchirent l'Eglise*. » C'était, en effet, alors des torrents d^'amertume qui, de tous les points de l'Europe, confluaient, pour ainsi dire, dans ce cœur de père et de saint. Près de lui, en Italie, le carbonarisme ourdissait des trames qui, s'étendant déjà sur la Suisse et la France, menaçaient d'envelopper les gouvernements dans une universelle extermination. La France continuait de marchander à l'Église une liberté dont elle était d'ailleurs prodigue pour ses ennemis, et dont ceux-ci n'usaient que pour armer contre le pouvoir le bras des assassins. L'Espagne, inondée du sang des soldats de Christine et de ceux de don Carlos, était toujours en proie à la guerre civile. « L'Espagne, en ce moment, souffre purification, écrivait M™" Barat. J'ai la confiance qu'elle sortira de cette crise plus belle et plus disposée à glorifier l'Église ^ » En attendant, c'était sur l'ÉgHse, ses religieux, ses prêtres, ses autels, que retombait la vengeance des séides de la révolution. En Allemagne, sur le Rhin, le joug brutal de la Prusse s'appesantissait dès lors sur le catholicisme, et les nobles archevêques de Cologne et de Posen allaient connaître des violences qui en présageaient d'autres à leurs successeurs. La Pologne était sous le sabre sanglant de la Russie. L'Irlande parvenait à peine à briser, . par la main de son O'Connell, quelques-uns des anneaux de la chaîne séculaire dont l'Angleterre protestante la tenait enlacée. C'étaient toutes ces blessures de l'Église, sa mère, qui, se ravivant alors dans M™^ Barat, lui faisaient pousser

1 A M"» E. Giraud, 4 mars 1837.

2 A M-"" de la Croix, 18 février 1836.

ce cri : « Ah ! ma fille , quel temps malheureux pour l'Église ! Gomme elle est déchirée de toutes parts, et persécutée par ses propres enfants! » Puis, conjurant ses filles de compatir aux douleurs de Jésus outragé , elle leur demandait : « Eh quoi ! pourrions- nous penser à autre chose ? Quel zèle ne devrait pas nous animer pour tâcher du moins de ramener quelques âmes, et d'en afi'ermir quelques autres dans la foi ! »

Là, d'ailleurs, se bornait la part qu'elle leur permettait de prendre à la politique. « Pour ce qui regarde le gouvernement, disait la même lettre, notre rôle à nous est de nous taire, d'attendre et de priera »

D'autres, d'ailleurs, allaient s'armer pour la cause de Dieu; et plusieurs de ceux-là étaient venus à Rome, dans cette même année, comme pour y prendre le mol d'ordre de la papauté. Les lettres de M™* Barat citent plusieurs fois M. l'abbé Lacordaire, qui venait de passer dans la ville sainte dix-huit mois décisifs pour sa destinée; M. l'abbé Guéranger, autre vaillant athlète que le pape venait d'instituer abbé de Solesmes; le Père de Géramb, abbé de la Trappe; M. l'abbé Haffreingue, de Boulogne-sur-Mer. Un peu auparavant, un de ces soldats de l'Eglise, le plus éloquent de tous, écrivait de Rome même : « Tout se prépare aux quatre coins du monde : Dieu a ses élus et ses trompettes qui attendent; et pendant qu'en France tant d'illustres esprits font si tristement naufrage, d'autres vionnent qui seront peutêtre plus heureux, parce qu'ils arrivent plus (nril rlnns le règne de la vérité ^ »

1 A M"" E. Giraufl, 'i mars lft37.

2 Lacordaire à M'"« ëwelchiiie. Rome, 2o juillet 1830.

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