LES SERVITEURS DE L'ÉGLISE
Le zèle de M""^ Barat allait, pour sa part, seconder cet apostolat. Sa première entreprise, en arrivant à Rome, avait été d'agrandir l'école de Sainte-Ru ffme , puis d'ou- . vrir une salle d'asile pour cette fourmilière d'enfants qu'on rencontrait demi -nues, abandonnées, exposées dans les rues du Transtevère. « Mais, raconte-t-elle elle-même, la principale affaire qui m'appelait dans cette ville était le soin des novices, qui, entassées parmi ces enfants misérables, dans un espace resserré, desséchaient à vue d'oeil. ^^ La même lettre disait : « Nous venons heureusement de leur acheter une maison, grand terrain , bon air , et c'est là que nous allons transporter ce cher troupeau blanc. Nous aurons donc à Rome trois établissements: Sainte - Ruffîne continuera sa mission pour les pauvres; la nouvelle maison sera pour le noviciat; puis, quand nous le pourrons , pour un pensionnat , parce que le local est vaste. Vous concevez que nos faibles travaux seront utiles à ce petit noyau dans les premiers moments. Quand tout sera bien en train, nous reprendrons le chemin de la France; et quel bonheur ce sera de se retrouver alors*! » Il y a dans ces lignes tout le programme de cette année , tel qu'il fut rempli par M"»" Barat.
« Un beau jour donc, raconte une novice de ce temps, nos mères, étant sorties, revinrent nvec un bouquet de fleurs si admirables qu'on eût dit qu'elles étaient nées dans le paradis terrestre '. » Elles provenaient du nouveau domaine, acquis ce jour-là même,
1 Rome, 16 mai 1837. A M""= Grosier.
2 Notes de M'"« Aymardine de Nicolay.
premier vendredi de mai, par le Sacré-Cœur. C'était une belle villa, appartenant aux princes Borghèse, et à laquelle le duc Lante, un de ses anciens possesseurs, avait donné son nom. Après l'avoir visité, la mère générale hésitait encore , lorsque, dans l'intérieur, ses yeux rencontrèrent un petit groupe représentant Notre- Dame des Douleurs. Aussitôt le montrant à M""^ de Limminghe : « Voici ce qui me décide, » lui dit-elle. Son choix fut dès lors fixé ^ Quelques jours après, elle écrivait : « Là, du moins, nous respirerons. La vue est délicieuse, on domine tout Rome, et par le beau côté. Nous sommes tout près de Saint- Pierre, et nous' planons sur sa coupole. Les parterres et les allées sont bordés de citronniers et d'orangers en plein rapports »
Il n'y a guère, en effet, même à Rome, de site plus grandiose que celui de la Villa-Lante. Elle s'élève sur le Janicule, entre la Longara et la crête même du mont, adossée, par son sommet, aux remparts de la ville, à peu près à la hauteur de la porte de Saint-Pancrace. Là se déploie un tableau'd'une grandeur rehaussée encore par celle des souvenirs ; à droite, est le sommet où saint Pierre fut crucifié, en bénissant la Ville et l'univers; à gauche, le Vatican et le dôme de Saint- Pierre portent le triomphe de la croix dans les cieux : Saint-Onuphre est à côté, et l'on touche aux jardins dont le Tasse écrivait, peu de temps avant de mourir : « Je suis venu ici, non -seulement pour respirer l'air le plus pur de Rome, mais surtout pour préluder, avec
i Noies de M"" de Limminglie. Doc. n. .11. a Rome, 2() mai 1837.