‹ Histoire de Madame BaratChapitre 60 sur 311 · LA VILLA LANTE · texte numérisé non relu

LA VILLA LANTE

les pieux ermites de ce monastère , aux entretiens que j'espère continuer dans le ciel. » Au bas, s'élève l'église de Sainte-Marie in Trastevere, la plus ancienne basilique que Rome ait consacrée à la Mère de Dieu. Lé Tibre coule au-dessous, et on le suit au loin, dans sa luite tranquille, à travers une plaine oîi Saint- Paulhors-des-Murs règne comme en un désert. Rome entière est devant les yeux avec ses entassements de maisons, de palais, d'églises et de petites rues, d'oii sortent çà et là des massifs de ruines. Au delà, c'est l'horizon de la campagne romaine. Des lignes d'aqueducs rompus et des tombeaux célèbres y rappellent le néant des plus grandes choses de la terre , tandis que , dans le lointain, les montagnes bleuâtres de l'ancien Latium relèvent le regard vers le ciel. Telle est la Villa- Lante dont le Père Barelle disait qu'elle a tout Rome sous ses pieds, et tout le ciel sur sa tête. Elle semble faire, sur cette rive, le pendant à la maison de la Trinité-du-Mont, qu'on peut apercevoir à l'autre bout de la ville; et Grégoire XVI disait que c'étaient deux bastions dont le Sacré - Cœur couvrait la cité pour la défendre.

La Villa se composait de deux parties séparées : en bas, un grand palais inhabité, délabré, qui avait mauvais renom; on l'appelait, dans le Transtevère , « le vieux palais des Revenants. » En haut, un pavillon où l'on pouvait à peine loger vingt-cinq personnes. C'est là que, le 7 juin, les novices furent transférées, en attendant que le palais fût prêt à les recevoir. C'est là que M™® Barat les avait précédées; c'est là que nous l'allon-s voir passer, au milieu d'elles, quinze mois qui sont restés un des plus saints, des plus chers, comme

aussi un des plus douloureux souvenirs de sa vie : « C'est à Rome, disait- elle en se reportant à celte époque, c'est à Rome que j'ai passé les plus précieux instants de ma vie religieuse. »

On y vivait dans un isolement absolu. « Nous sommes ici retirées du reste de la terre, mandait M'"*' Rarat; nous n'entendons que le bruit des cloches, et vous pouvez penser s'il y en a à Rome 1 » En vain, à celte époque, le monde s'agitait, s'exaltait dans l'orgueil de sa prospérité et de ses inventions. Tout entière aux délices de la vie spirituelle. M""' Rarat ne pouvait applaudir à un progrès qui faisait oublier Dieu. Ainsi, dans une lettre, quelqu'un des siens lui parlant de l'établissement de nos premiers chemins de fer, elle lui fit cette réponse d'une terrifiante énergie : « Avant que le globe entier soit coupé par ces entailles, il sera retourné dans le chaos. La tour de Rabel, la confusion des langues, arrivera au moment où l'on sera le plus en train. Tâchons de préparer notre éternité; et nous qui sommes nourris de la foi dès notre enfance, amassons des trésors que la rouille ne ronge pas^ »

Au sein de celte solitude, M"" Raial se plongeait dans les anéantissements du Verbe incarné : c'était alors le grand objet de sa méditation. Combien dheures d'oraison ne passa-t-elle pas dans la chapelle étroite où quatre personnes à peine pouvaient tenir à la fois. et où elle s'abîmait devant la face de Dieu 1 Uue d'en- Iretiens elle eut avec Jésus-Christ dans la longue allée de laurieis qui se dirige du côté de la port»' de Sainl- Pancrace, et dont on respeclail pour file la solilud»'.

l A \l. ril. Dusoussoi-. 7 sopl. I8;j".

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