SA VIE A LA VILLA-LANTE
ses disciples. La mère générale racontait des traits de l'histoire du saint, concluant qu'il fallait se sanctifier comme lui^
Telle était la vie céleste et champêtre de la Villa- Lante; c'eût été une vie heureuse sans les mauvaises nouvelles qui venaient du dehors. Le 27 mai 1837, M"'^ Barat écrivait à la mère de Gramont : « Quelle année que celle-ci! Ici des pluies continuelles et des grêles qui donnent les plus grandes craintes pour les récoltes. Déjà on aperçoit des germes de révolte; le peuple est si remuant! Dieu punit; nous le méritons, et cependant nous ne sommes qu'au commencement de nos douleurs! » Elle ne disait que trop vrai, et bientôt des bruits sinistres justifièrent ces craintes.
Le choléra était à Naples : il approchait de Rome. Le 10 juillet. M""® Barat annonçait qu'il n'en était plus qu'à quinze lieues. Elle décrivait en même temps la foi confiante de tout le peuple, la translation de l'image de la Vierge miraculeuse de Sainte -Marie -Majeure dans l'église du Gésu, la messe célébrée dans celte église par le pape, « dont les yeux, dit-elle, étaient deux fontaines de larmes, » les processions par la ville, les communions sans nombre, les conversions pénitentes, les stations de chaque soir devant les madones des rues, avec des illuminations et des chants pieux.
Cependant les morts subites se multiplièrent tellement, vers la fin du mois d'août, qu'il ne fut plus possible de se méprendre sur leur cause : le choléra dévastait Rome, surtout le Transtevère. Séquestrée entièrement dans la Villa-Lante par la sollicitude craintive de la mère de Limminghe , M""^ Barat, pleine
1 Doc. n° 78, p. 10 (sans nom).
d'angoisses, se consolait en apprenant que sa maison de Sainte-Ruffine 5 si pauvre, si étroite, placée dans un qua'rtier décimé par le fléau, n'avait pas été attaquée. Quant à la Trinité, elle la croyait hors de l'atteinte de l'épidémie par sa position; et ainsi rassurée, elle venait d'écrire, en France, que ses trois maisons de Rome avaient été préservées, lorsqu'elle apprit enfin la terrible nouvelle qu'on lui avait cachée : six de ses filles étaient mortes, à la Trinité, pendant la seule semaine de l'octave de l'Assomption; une septième touchait à son dernier soupir.
Cette annonce que lui porta le cardinal de Latil, archevêque de Reims, fut un coup de foudre pour M"'" Barat. « Je ne puis vous dire, ma fille, ma cruelle surprise, écrivait- elle alors. Elle faillit m'être funeste. Je me sentais mourir à mesure que les noms se succédaient. Le bon Dieu m'a soutenue; et, frappée dans mes enfants, comme le saint homme Job, je faisais le même acte de résignation. Je suis plus calme , mais quelles nuits je passe!... Maintenant que le fléau a franchi la barrière qui l'avait empêché, jusqu'ici, de pénétrer dans notre Société, au moins en Europe, je tremble pour toutes les familles placées à sa portée. Mon agonie sera longue, à ce qu'il paraît, puisque celle redoutable maladie , pénétrant partout , trompe toutes les prévisions ^ »
Presque dans le même moment , des morts dues à d'autres causes lui étaient annoncées de diverses maisons de France. A Paris, le vénérable abbé Perreau n'était plus. « Nous perdons, écrivait-elle, un de nos plus grands bienfaiteurs, un de nos amis les plus vrais.
1 Home, 28 8cpl. 1837.