‹ Histoire de Madame BaratChapitre 65 sur 311 · LE CHOLÉRA. — MORTS SAINTES · texte numérisé non relu

LE CHOLÉRA. — MORTS SAINTES

Je ne me console pas de cette perte. Prions et faisons prier pour cette âme parfaite'. » — A Metz, une brillante maîtresse des études, M™® Mathilde Lefebvre, expirait, à Tûge de trente -six ans, en disant au médecin celte parole charmante : « Pourquoi, Monsieur, vous effrayer de mon état? La mort d'une religieuse, c'est le saut d'une enfant dans les bras de son père? >•> — A Beauvais, une religieuse toute de dévouement, M""' Julie Demelin, succombait au travail. Il y avait quelque temps qu'une des mères, la voyant se dépenser sans mesure, lui disait : « Ma sœur Julie, voulez -vous donc aller au ciel? — Oui, réponditelle, promptement, et parle plus court chemin. » La sainte Vierge venait de lui en ouvrir la porte, le lendemain de son Assomption. — A Aix, le choléra avait fait trois victimes dans la même semaine : M"'" Adèle Robin, la sœur Claudine Boujot, la sa3ur Madeleine Prévost. Celle-ci, sentant venir la mort, en fit tranquillement les apprêts elle-même, comme s'il se fût agi de son service ordinaire. Elle arrangea son lit, elle étendit ses vêtements, « afin que tout fût bien quand on viendrait la prendre, » puis elle entra en prières, et s'unit à Jésus- Christ. A son dernier instant, ouvrant subitement les yeux : « Oh ! que c'est beau ! que c'est beau ! on vient me chercher, » dit-elle, et son guide invisible l'emmena dans l'éternité.

Mais la plus étonnante de ces morts fut celle de j^jmo Ferdinande de Saint-Pierre, novice de la maison de Paris. Après avoir offert ses souffrances pour le salut d'un jeune homme expirant que lui avait recom-

1 A M™« de Gramont. Rome, 20 mai 1837.

mandé le docteur Récamier, et appris qu'en effet il avait pu se confesser à son heure dernière, ellemême mourut le 19 août. Quelques moments auparavant, elle eut une forte crise, pendant laquelle, tout à coup , levant vers le ciel des yeux rayonnants de bonheur : « Vive la mort! » s'écria-t-elle d'une voix triomphante. Elle s'affaissa ensuite, le Père Varin la bénit, et elle entra'dans son dernier sommeil ^

A mesure qu'elle recevait le récit de ces belles morts, M'"'' Barat ne savait si elle devait gémir ou remercier le Ciel. « A Dieu ne plaise que le murmure approche de ma pensée , mais quelle croix ! écrivait-elle à la mère de Rozeville. Tant d'anges qui paraissent ici-bas seulement pour se faire regretter 1 Jésus est empressé de les cueillir pour Lui, ces fleurs d'innocence, que le souffle du soleil brûlant pourrait ternir... Résignons- nous, chère mère , trop heureuses d'expier les fautes par l'amertume et la croix. - » Et dans une lettre antérieure écrite à la même mère : « Nous avons tant de besoins! et la mort continue à moissonner! Il est vrai qu'il faut aussi fonder au ciel. Travaillons donc pour cette fondation éternelle, et ne nous plaignons pas si elle augmente tous les jours. Bientôt nous en ferons partie. Ah ! lâchons que l'on dise de nous : Bienheureux h s morts qui meurent dans le Seigneur! Une fois la première mort effectuée en nous, la seconde est consoltmte, el alors l'on dit avec le célèbre Suarez : « Je ne croyais « pas qu'il fût si doux de mourir ^ »

Témoins de la douleur de leur généreuse mère, les

i V. Circulaires des d c finîtes , t. 11, p. 172, 1^2, 18(1, l'.»2, 23i, 243.

2 Rome, 12 seplcmbrc 1.S37.

3 Rome , 15 février 1837.

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