SA DOULEUR ET SA CHARITÉ
novices romaines voulurent la consoler. « Nous lui écrivîmes deux lettres, dit leur journal, l'une en français, l'autre en italien, pour lui exprimer la part que nous prenions à sa peine , et lui promettre de la dédommager de notre mieux, en nous sacrifiant toutes, comme ces chères sœurs, au bien de la Société '. »
]yjme garât a raconté elle-même la première visite qu'elle fit à Sainte-Ruffine et à la Trinité, au lendemain de ces désastres. Elle commença par Sainte-Ruffine: « Là, du moins, écrit -elle, je retrouvais ma famille tout entière. Mais quand on me conduisit dans la salle d'asile, quel spectacle! Je fus étouffée par les larmes. On me présente de pauvres enfants depuis trois jusqu'à douze ans, n'ayant plus ni père ni mère, abandonnés dans la rue, où les avaient recueillis des voisins charitables, mais pauvres eux-mêmes, et déjà chargés de famille. Là, ces petites orphelines sont étendues pêlemêle sur les mêmes paillasses , comme des couvées d'enfants : mes larmes coulaient malgré moi. »
Mais c'était trop peu de leur donner des larmes : « Je représentai à nos mères que nous devions nous montrer au moins aussi secourables que ces pauvres familles. Sans doute, nos sœurs elles-mêmes sont les unes sur les autres, et accablées de dettes. N'importe, je ne veux pas qu'on souffre autour de moi. Elles seront donc prises. Nous les mettrons plus tard dans notre grande maison, quand elle sera achevée; mais déjà nous recueillerons les plus abandonnées. 0 mon Dieu! tant de besoins, et personne pour donner à ces enfants le pain et du corps et de l'âme ! Eh bien! le bon Maître aidera. Prions, devenons de saintes et par-
1 Annali. Domenica, 23 agoslo 1837.
faites religieuses, et Jésus ne se laissera pas vaincre en générosité. Celles que Dieu a épargnées doivent s'offrir à tout. Avec de la vertu, on fait le double et on le fait mieux'. »
Le lendemain, plusieurs orphelines étaient déjà installées chez leurs secondes mères. « Nous vîmes arriver entre autres, racontent les novices, une petite créature de trois ans seulement, appelée Filoména, qui était demeurée orpheline avec cinq ou six autres petites filles comme elle, et que la mère générale était allée prendre aux écoles de Sainte-Ruffine. » C'était le commencement de son orphelinat.
La visite de M""' Barat à la maison de la Trinité-du- Mont, fut encore plus triste : « Sur la place, deux petites filles de neuf et douze ans, raconte une de ses lettres, se présentent à la portière de notre voilure, pour demander l'aumône. — Pourquoi , mes enfants, leur dis-je, n'ètesvous pas à l'école? — Ah! me répondent-elles en levant tristement les yeux, notre maîtresse est au ciel, et l'école ne se fait plus -. — Jugez de mes angoisses ! J'entre et je ne m'aperçois que trop bien du grand vide laissé dans cette famille. La première classe des élèves est vacante, celle des pauvres l'est également; et quelle perte pour celles-ci, que l'on avait accoutumées au travail, et formées à la véritable piété. J'ai beaucoup insisté pour qu'on rouvrît les classes en se partageant les heures. Mais jamais on n'égalera le zèle et l'adresse de celle qui est au ciel \ »
1 A M"" (ic Rozeville , '2'i octobre. A M'»' de Gramonl, 26 octobre.
2 " Ah la nostra maestra b al cielo, et la scuola non si fi. »
a A M"" (]<-• (Iramonl cl à M"" Aude, 20 octobre. — .\ M"" Galilzin, 2/4 octobre 18:{7.