LES VICTIMES DU CHOLÉRA
Les victimes que M*"® Barat honorait de tant de regrets étaient principalement M""' Pauline Bellefroid, Liégeoise de naissance, maîtresse du pensionnat, religieuse consommée, qui « ne concevait pas qu'on pût avoir d'autres vues dans ses actions que la gloire de Dieu et le salut des âmes. » C'était encore M""' Adélaïde Babad , qui , le jour de l'Assomption , écrivait ces lignes à sa supérieure : « Pendant toute cette journée qui clùt ma retraite du mois , je suis restée aux pieds de Notre- Seigneur et de la sainte Vierge, m'offrant à tout pour l'avenir. Je me suis senti en elle une confiance sans bornes, et une envie démesurée de lavoir bientôt dans le ciel. Aussi m'est- il venu tous ces jours- ci dans la pensée de m'offrir à elle et à son divin Fils en qualité de victime, s'il en fallait pour sauver des atteintes du choléra Piome et les maisons de la Société. Ce matin encore , à la messe , je pensais que ce serait acheter le ciel à bon marché que de donner ma vie pour plusieurs qui seraient capables de gagner encore bien des âmes à Dieu. » Sa mort avait été celle d'une victime joyeuse. « Su su, al cielo ! s'écriait-elle en se levant sur son lit de douleurs; allons, allons au ciel. 0 ciel! viens donc vite, que tu tardes à venir' ! »
Une autre, une Milanaise, M""^ Amélie Jourdan, d'origine française, maîtresse des classes gratuites, était la plus regrettée de IM™" Barat pour le bien qu'elle faisait à ces pauvres enfants. C'était le dévouement même. Avant de mourir, elle prit la main de la mère Faux et la baisa trois fois : la première, dit-elle, pour la mère générale; la seconde, pour sa supérieure; la troisième, pour celle qui la soignait si bien
1 " 0 cielo venga preslo, (juanlo lardi da venire! »
15t HISTOIRE DE MADAME HARAT
dans son agonie. Ayant ensuite annoncé qu'elle serait la dernière qui mourrait du choléra, elle expira sur la paille, où on l'avait couchée dans la première surprise de celte altaque foudroyante. Les trois coadjutrices qui l'avaient précédée dans l'éternité, et la charitable infirmière qui leur avait donné ses soins, n'avaient pas fait une mort moins digne d'envie. Unissant son sacrifice au leur, M"*' Barat disait que ces sept morts étaient les sept glaives qui avaient transpercé son âme, comme autrefois celle de la Mère de iJieu; et elle promit de faire à Notre-Dame des Douleurs, pendant une année entière, une prière spéciale à leur intention ^
M'"'' Barat était brisée. La fièvre l'avait prise et ne la quittait plus. Elle chercha le remède en Dieu : « J'entre ce soir en retraite, écrivait-elle le 26 octobre. Je me mets dans la solitude au moins pour huit jours : mon corps et mon âme en ont également besoin. J'ai tant souffert à Rome ! C'est l'expiation des fautes d'une longue vie ; car voici que la mienne commence à le devenir-. »
L'hiver fut mauvais pour elle : elle fut retenue dans sa chambre par la maladie, mais la présence de Dieu lui tenait lieu de tout. Pendant que la sœur Marie assistait à la messe, une novice placée dans son antichambre afin de veiller sur elle, l'entendait répondre ainsi au ramage des oiseaux qu'on lui avait donnés pour sa distraction : « Que vous êtes heureuses, créatures de Dieu, de n'avoir pas offensé votre Créateur! vous remplissez parfaitement ses inlcîitions sur vous; et moi,
« V. Circul. (les (Iéfu7il,:t, t. II, p. 1%, 22:;.
2 A M"" Aude el à M"" de Gronionl , 20 octobre.