‹ Histoire de Madame BaratChapitre 68 sur 311 · SA MALADIE A LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

SA MALADIE A LA TRINITÉ

malheureuse , je ne fais que l'offenser chaque jour. Cependant, il m'a aimée et il est mort pour moi... Allons, mes petits, chantez les louange sdu bon Dieu pour tant d'hommes ingrats qui l'outragent et le blasphèment. Chantez-le aussi pour moi qui ne suis pas aussi digne de le faire que vous! » D'autres fois, à peine commençait-elle à s'endormir que les oiseaux du voisinage la tiraient de son sommeil. Au lieu de s'en plaindre elle disait : « Vous avez raison de réveiller cette paresseuse qui se repose au lieu de louer Dieu comme vous. Ah ! si vous saviez combien est aimable et bon Celui que vous chantez. Mais à vous il ne donne à manger qu'un peu de grain, tandis qu'à moi il se donne lui-même en nourriture. Et je l'aime si peu M »

Au sein de ses souffrances, M""" Barat ne cessa de s'occuper de ses trois maisons, réparant le palais d'en bas de la Villa-Lante, comblant, en appelant des religieuses de France, les vides faits par le fléau à la Trinité, pourvoyant enfm aux besoins de ses orphelines. C'est dans ce but de charité qu'elle entra en relation plus particulière avec la princesse Borghôso, dont toutes ses lettres ne parlent qu'avec un sentiment de religieuse amitié, qui bientôt allait se changer en profonde compassion, au sein des malheurs qui fondirent coup sur coup sur cette noble famille.

Si souffrante qu'elle fût, la mère générale ne pouvait se priver de la vue de ses novices. Aussitôt qu'il lui fut permis de sortir de sa chambre, elle voulut les revoir. C'était le 13 novembre, jour de saint Stanislas Koslka. Après quelques minutes d'un entretien prononcé d'une

1 Tém. de M"*^ Anna Bourlourlinn. Doc. n» o4.

voix afîaiblie, elle termina par ces paroles : « Soyez ferventes comme saint Stanislas, et je serai la plus heureuse des mères'. » — « Ah! disait une de ses lettres, si j'étais seulement une ombre de sainte Thérèse, et que Dieu voulût aussi nous donner des soutiens ! Prions, sanctifions-nous. Qui sait si le Seigneur ne parlera pas? »

C'est ainsi que se passa la fin de l'année 1837, et le commencement de la suivante, tantôt à Villa- Lante, tantôt à la Trinité. Le printemps avait fleuri de bonne heure à la Villa, et il en avait fait un véritable paradis. « Mais ce ne seront jamais les beaux sites qui me retiendront, écrivait M™® Barat, et malgré les avantages de la belle Italie, je la quitterai sans peine. Rien ne peut être comparé à la patrie pour tant d'objets aimés. « Elle répétait que son désir était de finir sa carrière parmi ses anciennes compagnes: « Mais, disait -elle gaiement, elles sont pour moi comme la première chambre des députés sous la Restauration : ce sont les Introuvables "-. »

Le 16 mai, la mère générale, laissant M'"° Ilippolyte Lavauden à Sainte -Ruffi ne, et M""' de Limminghe à la Villa- Lante, dit adieu à Rome. Je ne décrirai pas son retour par Parme, Turin, Chambéry et Autun : ce fut une voie de souffrances. Môme sa santé donna les plus graves inquiétudes à la Ferrandière; et ce ne fut pas sans peine que, le 17 août 1838, elle put revoir Paris.

1 Annali dcl novizialo, 13 nov.

'■i A M""" Grosier, 9 seplembre 1837. — //. A M""^ Ducis , 2 janvier ; cl à M'"« de Gramout, 0 février el 3 mai 183s.

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