‹ Histoire de Madame BaratChapitre 74 sur 311 · SON DÉSINTÉRESSEMENT · texte numérisé non relu

SON DÉSINTÉRESSEMENT

porte à la Société que de nombreuses imperfections et une bonne santé. » Disant cela, la pauvre enfant osait à peine lever les yeux sur celle qui allait, sur ces indications médiocrement favorables, décider de son sort. Mais la mère Barat la regardant avec son aimable sourire : « C'est bien, ma fille, je me contente de cela et de votre dévouement. Vous travaillerez à notre œuvre dans rhumilité. Soyez fidèle, et comptez sur l'affection de votre mère. » Parlant ainsi, elle posa affectueusement sa main sur la tête de la novice, qu'elle laissa pénétrée de reconnaissance.

Est-il besoin de dire qu'à un autre point de vue, ce désintéressement ne faisait pas les affaires de la Société? Comme quelqu'un reprochait à M"*^ Barat de se montrer trop facile sur la question d'argent : « L'argent, l'argent, reprit-elle avec vivacité, est-ce que cela a jamais fait une difficulté au Sacré-Cœur? » — « Je la vois encore bondir en me faisant cette réplique , » raconte la personne qui se l'était attirée.

Une considération humaine, cependant, était parfois capable de lui faire ajourner l'entrée d'une postulante : c'était l'obligation d'un devoir sacré à remplir au foyer domestique. Une de ses filles raconte que , pressée du désir de la vie religieuse, elle vint simplement soumettre à M""® Barat sa situation. « Elle m'assura, dès l'abord, que je devais rester près de mon père, dont le grand âge et les infirmités réclamaient mes soins, ajoutant que cela ne m'empêcherait pas d'être reçue plus tard. « J'assisterai moi-même à votre prise d'habit, » me dit-elle aimablement'. » Nous lisons dans la lettre d'une

1 Témoignage de M™' de Brisoult, n» 169.

autre de ses fille^ : « Quand j'entrai au noviciat, lui ayant appris que j'étais l'aînée de neuf enfants, elle reprit vivement : « Mais, ma chère enfant, votre mère « n'a-t-elle pas besoin de votre aide? Il ne faudrait pas « la quitter tout de suite. » Il fallut que je la rassurasse pleinement à cet égard, avant qu'elle me donnât son agréments »

M"'° Barat ressentait ce sacrifice des familles qui lui confiaient ainsi leurs plus chers trésors, et avec quelle effusion elle les en remerciait! Au contraire, trouvaitelle des familles égoïstes qui , trahissant la plus sacrée de leurs obligations , sacrifiaient à leurs vues la vocation, la liberté, le bonheur et peut-être le salut de leurs filles, elle s'indignait de ces violences, elle plaignait leurs victimes, et parfois prédisait des douleurs domestiques, qui souvent, hélas! ne vengèrent que trop l'outrage fait à Dieu.

jyjme papat avait une affection de mère pour les postulantes. Elle disait aux novices : « Il faut bien les aimer, car, si vous êtes les fleurs de la Société, elles en sont les boutons. » Elle-même les soutenait dans leurs épreuves, leurs peines, leurs incertitudes; car celle que nous venons de voir éclairer les vocations d'une si pure lumière, avait un don particulier pour les raffermir. Une prétendante, M"° Louise de Cholet, était si faible, qu'elle tremblait que sa mauvaise santé ne lui permît pas d'entrer au Sacré-Cœur. « Vous entrerez, vous resterez, lui dit M"'" Barat, et vous travaillerez beaucoup dans la Société. » Une autre, sur le point de quitter le noviciat pour rentrer dans le monde, est conduite à la sainte mèi-e. Sans lui faire de discours, celle-ci

• Témoignage de M""^ («. de .loaiinis. Doc. iv li.

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