SON AFFECTION POUR LES POSTULANTES
l'embrassant : « Ah! mon enfant, lui dit-elle, si Notre- Seigneur avait refusé de porter sa croix, où en serionsnous^? » La postulante fut, dès lors, conquise pour la vie au Cœur du Crucifié. Parfois, c'était la seule vue, la présence, la rencontre de la mère générale, qui opérait ce changement. « J'arrivai au noviciat, raconte une religieuse, pleine de l'idée du Carmel, et remplie de préventions contre le Sacré-Cœur, dont je n'aimais que le nom. Cependant on annonça l'arrivée de M"'° Barat, que je ne connaissais pas ; mais que m'importait, à moi, M"-® Barat? J'allai me réfugier derrière un pilier de la chapelle pour prier et pleurer. Étant là, soudain je sentis passer quelqu'un auprès de moi : c'était la mère générale. Une vertu était-elle sortie de son vêtement? je ne sais; mais, saisie d'un indicible respect, je me dis aussitôt : « C'est une sainte, c'est bien le second tome de « sainte Thérèse. » Cette impression fut si profonde qu'elle ne s'est jamais effacée de mon âme , et le Carmel se transforma pour moi en Sacré-Cœur"-. «
Voilà dans quelles conditions M""' Barat admettait et voulait qu'on admît les âmes que le Seigneur appelait dans sa Société. Voilà en particulier de quelle sorte d'éléments se composait, à l'époque dont nous écrivons l'histoire, ce noviciat de la rue Monsieur qu'elle revoyait enfin après de si longs désirs, comme elle l'écrivait : « Ce cher troupeau blanc m'est continuellement présent, et ce m'est un vrai sacrifice de vivre loin de lui. Je me console en pensant que je le retrouverai et plus fervent et plus nombreux ^ »
1 Témoignage de M™' Sidonie Magnan.
2 Témoignage de M'"' 0. Truchot, n" 8o.
3 Turin, 19 nov. 1836.
L'habitation elle-même prêtait au recueillement d'une vie retirée en Dieu. Qu'on se représente, à l'extrémité du faubourg- Saint-Germain, un hôtel séparé de tous les bruits du monde, d'un côté par sa cour et une rue tranquille, et de l'autre par son jardin et les larges espaces du boulevard des Invalides : tel était l'hôtel que M. Théodore de Nicolay avait loué au Sacré-Cœur. Les ailes de la maison étaient distribuées en une série de cellules, comme pour un couvent, ce qui faisait dire au Père Varin que « Dieu, le grand architecte, avait bâti cette maison pour le Sacré-Cœur ». La chapelle était au centre, dans une belle rotonde avançant sur le jardin. « Nous jouissons en ce lieu d'une solitude parfaite, au milieu de Paris, écrivait naguère la mère générale à ]\I. le marquis de Nicolay. La régularité, la paix, et par suite le bonheur sont le partage de notre jeune famille. Après Dieu, Monsieur, c'est à vous que nous le devons. Je ne puis l'oublier; et lorsque je vois celte troupe de vierges ferventes agenouillées dans cette , chapelle solitaire, comment ma reconnaissance ne se porterait-elle pas vers l'auteur de ce bien, et ne prierais-je pas pour lui avec effusion de cœur *? »
La maîtresse des novices, que la mère générale avait choisie pour seconder et souvent remplacer la mère Desmarquest, était une religieuse âgée de trente- deux ans.
En 1830, lorsque les trois demoiselles de Bouchaud étaient venues demander à entrer dans la Société, pendant que les supérieures délibéraient pour décider
1 Paris, 23nov. 182'6 el 28 mars 1«38.— Cet liokl, rue Monsieur, n» 12, csl actuellcincnl occupé par les diLris du scniinaiic arniéoien.