MADAME EULALIE DE BOUGHAUD
laquelle des trois sœurs serait laissée à son père, on avait remarqué Tune de ces jeunes filles se tenant à l'écart , dans un recueillement qui frappa une des mères. « Celle-ci, fit-elle observer, n'a pas besoin qu'on s'occupe d'elle; elle traite son affaire avec Notre- Seigneur. » Cette âme intérieure était M"® Eulalie de Bouchaud. Après avoir été novice, puis maîtresse générale à Montet, elle fut mise à la tête du noviciat de Paris. Nature élevée et délicate, avec de l'esprit, du goût, une belle éducation, une physionomie d'une pureté angélique, elle était, seulement dans les commencements, trop défiante d'elle-même. M""® Barat l'enhardit : « Vous poussez trop loin la réserve et la timidité, lui écrivaitelle. Prenez un peu d'assurance. C'est pour la gloire du sacré Cœur et non pas par orgueil. Oh! je conçois, ma fille, que c'est un sacrifice de lutter contre l'attrait si doux de n'être rien, et de ne penser qu'au bon Dieu et à son âme... Priez-le qu'il vous aide, et dans quelques semaines vous m'apprendrez les progrès que vous aurez faits dans celte sainte hardiesse ^ »
jyjme BQjng^t ijj forma, ce fut sa première tâche. « Comment va votre âme? lui demandait- elle d'abord. Quel que soit votre travail, ménagez-vous du temps pour vos exercices, et même ajoutez-y une heure d'oraison de plus, les dimanches et fêtes. » Puis, entrant dans les raisons de cette vie d'union à Dieu : « Quand on a beaucoup à donner aux autres , il faut plus souvent recourir à la source. Sans cela, nous ne faisons que tirer les gouttes les unes après les autres, et à peine pouvons-
1 La Ferrandière, 1" déc. 1834. — V. Notice, Lelires annuelles 1844 et notes manusc.
nous en humecter le palais d'une bouche desséchée. Jésus seul est la source qui peut nous désaltérer de sa surabondance '. »
Elle l'entretenait aussi de ses devoirs d'état : « Hedoublcz de zèle pour l'avancemenL de noire polit troupeau blanc, il est tout notre espoir. Ah! je puis lui appliquer ce que Notre-Seigneur disait à ses Apôtres : « Vous êtes le sel de la terre; si le sel devient fade, « avec quoi conservera-t-on ce que l'on doit garder-. » — Elle disait encore : « Appliquez-vous à rechercher pour vous et vos novices le solide de la vertu. Que ce solide est peu connu ! On croit chercher Jésus , mais hélas! c'est encore soi-même que l'on déguise sous la figure du Seigneur, tandis que nous devrions être transformées en Lui. Ah! Dieu, quelle diiïérenceM » Et dans une aulre lettre : « 11 faut que le troupeau soit généreux et prêt au sacrifice en tout genre. Que vos filles prennent pour modèle Jésus humilié, anéanti, crucifié. C'est par cette voie qu'elles arriveront à la perfection, et qu'elles deviendront de dignes épouses du Cœur de Jésus ^ »
M"" Barat fit plus. Elle-même se montra, selon l'expression de saint Paul, « la forme du troupeau, » heureuse de partager la vie de ses novices. '- J"ai fait mon noviciat dans la rue Monsieur, nous raconte l'une d'elles, pendant que notre révérende mère y résidait. Elle venait présider nos goûters, nos congés, nos récréations. Sa présence, son air de douceur, ses
1 Rome, 1."j février 1837.
2 Home, .') sepl. 1H3'.>.
i Home, 27 avril 1839.
4 I{ome, 21 fév. IN37.