LE NOVICIAT DE LA RUE MONSIEUR
paroles affectueuses dilataient , agrandissaient nos cœurs. Groupées autour d'elle, nous admirions, en l'écoutant, sa foi vive, son humilité, son amour de la vie cachée, son abandon à la divine providence, son grand désir de propager la gloire du divin Cœur. Ces heures étaient trop courtes, et le souvenir ne s'en effacera jamais'. »
C'était souvent dans le jardin que M""*" Barat réunissait ses filles. Dès qu'elle apparaissait sur le perron circulaire qui regarde le boulevard, le troupeau blanc, comme elle l'appelait, s'étageait à ses pieds, sur les marches de pierre, afin de l'écouter. Là, les unes étant assises, d'autres à genoux, on entamait au hasard divers sujets qui, tous, aboutissaient naturellement à Dieu, comme tous les fleuves finissent par tomber dans l'Océan.
Parfois aussi la mère générale venait surprendre ses novices pendant les heures d'ouvrage. Entrant à pas silencieux : « Mes bonnes filles, disait-elle, que j'aime à vous voir travailler ainsi sous les yeux de Marie! Mais n'ètes-vous pas lasses? Allons, reposezvous. » Chacune ne tardait pas à avoir mis de côté sa corbeille à ouvrage pour se presser autour d'elle. Un jour, que quelques-unes se tenaient un peu éloignées : « Je vous en prie, leur dit- elle, ne faites pas le vide autour de moi, car je n'aime pas le vide. » Ce fut le texte de l'entretien. Elle dit « que le cœur de l'homme n'est point fait pour le vide , et qu'il reste toujours vide si Dieu ne le remplit. N'est-il pas juste que Jésus, qui est mort pour le posséder, y ait une place d'honneur?
1 Témoignage de M"'= Julielto Rolland.
Laquelle lui donnerons-nous? — Le milieu, le milieu , » répondirent plusieurs voix. Il fut convenu que ce serait désormais la place que Jésus occuperait dans le noviciat.
« Souvent, nous rapporte une contemporaine, notre mère nous racontait les commencements de la Société, avec des détails auxquels sa finesse d'esprit donnait le plus grand charme. Ces récits nous enflammaient. » Un jour qu'elle avait dépeint la fondation de Poitiers, chère à son souvenir : « Qui me rendra ce noviciat des Feuillants? demanda-t-elle. Ce sera vous, mes enfants. » Puis, faisant un beau tableau de la vie religieuse : «t Ah ! dit-elle, si ce bonheur était connu du monde, le monde jaloux viendrait envahir notre retraite. Ce serait comme du temps des Pères du désert, alors que les solitudes étaient plus peuplées que les villes. » Une de ses maximes était que « le noviciat est l'antichambre du ciel ».
Les leçons spirituelles de M'"*' Barat se résumaient en trois paroles : l'oubli de soi, l'amour de Dieu et le zèle des âmes. Un cœur de juge pour soi-même, un cœur d'enfant pour Dieu , un cœur de mère pour le prochain : voilà ce qu'elle désirait trouver en ses novices.
« Notre révérende mère, rapporte le même témoin , veillait à ce que nous fussions formées aux vertus solides, et principalement à l'abnégation. Les récréations du soir se terminaient d'ordinaire par la pri'paralion de l'oraison du lendemain, qu'elle nous faisait ellemême, et où elle nous portait à l'humilité, l'amour de la vie cachée et la générosité dans les sacrifices. » — « Tâchez, disait -ellr à la supérieure, d'exercer vos