‹ Histoire de Madame BaratChapitre 78 sur 311 · SES INSTRUCTIONS AUX NOVICES · texte numérisé non relu

SES INSTRUCTIONS AUX NOVICES

novices à rabnégation; exigez qu'elles se mettent aux emplois bas et humbles, selon la mesure de leurs forces et de leur santé. Si elles répugnent à aucun, elles ne sont pas religieuses. »

Elle voulait que ses filles broyassent en elle la nature, comme le blé sous la meule, ainsi qu'elle disait. Un jour qu'un certain nombre de novices se disposaient à partir pour la récente fondation de Jette-Saint-Pierre : « Voyez, mes enfants, dit- elle à celles qui restaient, le noviciat est comme le moulin de la Société : c'est là qu'on amène le grain de tout pays. Quand il est bien moulu, il en sort, d'autre arrive. » Puis, approfondissant cette comparaison : « Oh! oui, c'est bien ici que le grain est broyé. La farine est séparée d'avec le son grossier. Il faut qu'il ne reste plus que la fleur, la fine fleur, blanche et pure, pour être digne de Jésus, le pain de vie. »

Or tout cela devait être l'ouvrage de l'amour. Elle en parlait avec des lèvres enflammées. Une fois, la mère Grosier, qui se trouvait alors à Paris, ayant dit aux novices qu'étant la plus ancienne de la Société, et fort vieille, elle n'avait plus à attendre que le ciel ou le purgatoire, la mère générale l'arrêta : « Ma chère mère, lui dit- elle, je ne connais qu'un purgatoire pour une épouse du sacré Cœur, c'est l'amour de Jésus-Christ et le zèle des âmes. — Oh! répliqua la mère Grosier, vous conviendrez qu'aimer est un doux purgatoire. — Oui, sans doute, aimer est doux, dit M"'^- Barat, mais l'amour a son tourment. En est-il de plus dur que de voir offenser l'Epoux qu'on aime? »

Revenant sur ce sujet, elle représentait Notre-Seigneur parcourant l'univers les mains pleines de grâces

que le monde refusait : « Vous du moins, ouvrez-lui, disait-elle à ses filles. Il faut que Jésus-Christ soit heureux au Sacré-Cœur, » — « Amour, vous n'êtes point aimé, répétait-elle avec Madeleine de Pazzi... Eh bien, si le feu de l'amour s'est éteint sur la terre, il faut que les hommes et Dieu le retrouvent au Sacré- Cœur. »

Une veille d'Assomption, elle fit la conférence sur les trois plus belles manières de mourir : mourir dans l'amour de Dieu, c'est la mort des justes; mourir pour l'amour de Dieu, c'est la mort des martyrs; mourir d'amour de Dieu, c'est la mort de Marie. Ces sublimes genres de mort faisaient l'objet de son ambition. Un jour qu'on rappelait certaine promesse prophétique faite au Sacré-Cœur de verser, à la fin des temps, son sang pour Jésus -Christ, M°'° Barat avoua que, volontiers, reviendrait-elle sur la terre pour avoir ce bonheur. Là-dessus, ses novices, donnant libre carrière à leur imagination, bâtirent la fiction d'une sorte de millénaire pendant lequel la sainte mère, pareille à certain moine de la légende, resterait endormie en attendant le signal de ce sanglant combat. Mais avant qu'elle entrât dans ce sommeil merveilleux, on lui demanda la promesse de se conserver vivante jusqu'à l'âge de cent ans. La condition lui sembla dure.

J'ai nommé son zèle des âmes. L'apostolat de la charité était en honneur au noviciat de Paris. Non contente d'avoir annexé à la maison une école de pauvres, M""' Barat y avait établi un ouvrnir pour celles des écolières (pu avaient fait leur iiremière communion. « On ne peut faire un bien (juchiue peu solide parmi les classes pauvres, sans y joindre celte œuvre, »

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