LA CHARITÉ AU NOVICIAT
écrivait-elle à la mère de Bouchaucl; et elle ajoutait : « Stimulez vos novices, afin qu'elles dirigent de ce côté leurs petites charités. Qu'elles mettent du zèle à montrer aux enfants à travailler, et qu'elles aient une bourse pour donner quelque argent, le samedi, à celles qui auront montré delà bonne volonté. Vous ne formerez vos filles aux devoirs de leur vocation que par ces moyens pratiques. Sans cela nous n'aurons jamais de vraies et grandes vertus ^ »
Elle leur faisait aimer le pauvre, elle leur faisait pratiquer le sacrifice pour le pauvre : « Soyez avares, mes bonnes filles, leur disait-elle encore, c'est l'être saintement que de l'être pour les pauvres. » Elle encourageait les novices à confectionner des vêtements pour les femmes indigentes; c'était le présent de fête le plus agréable qui pût lui être offert. « Les épouses du sacré Cœur doivent avoir deux dévotions, avait-elle coutume de dire : la dévotion de Notre -Seigneur et celle des pauvres. »
L'apostolat de la prière était également cher à M"* Barat. A peine de retour à Paris , elle présenta ses novices au célèbre et saint curé de Notre-Dame-des- Victoires, M. Dufriche-Desgenettes : « Nous sommes bien contentes, M. le curé, lui dit-elle, que vous fassiez prier pour la conversion des pécheurs , car nous sommes toutes pécheresses. » Mais le digne pasteur avait bien autre chose à faire, disait-il, que de faire prier pour ces pécheresses-là. Il raconta, avec l'ardeur coramunicative de sa foi, l'origine toute divine de l'Archiconfrérie , la consécration de sa paroisse au sacré Cœur
1 Rome, 3 août 1839. Postscriptum.
de Marie, et la transformation qui en fut la conséquence immédiate : « Cette œuvre est admirable , disait M"'" Barat à la mère de Gramont; il faut la répandre, surlout parmi les grandes élèves. » M. l'abbé Desgenetles prit dès lors Thabiludc de venir au Sacré- Cœur demander des prières, à chaque fois qu'il s'agissait de quelque grande entreprise. Il ne manquait pas de revenir, quelques jours après : « Avez-vous bien prié? Eh bien, soyez contentes, car Marie vient encore de faire un de ses coups. Oh! Marie , Marie !,.. » Un jour même, il vint enrôler toute la maison dans une ligue sainte pour la conversion de TAnglelerre : « La conquête en vaut la peine, dit-il; Bonaparte y a cassé son épée, mais Marie est plus forle qu'une armée rangée en bataille. Elle descendra tôt ou tard dans cette lie des saints \ »
D'autres amis du Sacré-Cœur venaient le faire participer à ce grand mouvement des choses catholiques. M^"" de Quélen ne craignait pas de dire à la maison mère : « C'est à la ferveur des religieuses que sont attachées les bénédictions répandues sur nos travaux; et je compte sur vous, comme sur nos plus puissants coopérateurs. » M^ de Forbin Janson soufflait au noviciat cette ardeur qui l'emportait lui-môme sur tous les champs du zèle apostolique. Un jour qu'il revenait du monastère de la Trappe : « Il est beau, leur dit -il dans son pompeux langage, il est beau de voir s'élever au milieu du désert ce magnifique encensoir qui brûle jour cl nuit pour la gloire de Dieu. Il est beau de voir, dans un siècle d'indépendance comme le nôtre, ce vaste
i Journ.il (lu noviciat. — IX-- rec, p. 7, 10, 3'.>, 100.
L'ESPRIT DE ZÈLE AU NOVICIAT m
corps obéir, comme un petit enfant, à la voix d'un homme qui tient la place de Dieu. »
Un autre apostolat, celui de la vérité, était inspiré aux novices, principalement par les évêques missionnaires en passage à Paris. Tel fut d'abord le saint évêque de Vincennes aux États-Unis, M^ Brute, apôtre incomparable, qui était venu en France dans le but de livrer à l'esprit révolté de l'abbé de Lamennais, son ami d'enfance, un dernier, mais, hélas! inutile assaut. Tel fut surtout, pendant ce séjour de M°*® Barat, M^ Dupuch, ancien aumônier du Sacré-Cœur de Bordeaux. Il venait d'être nommé à l'évêché d'Alger, qui n'avait pas eu d'évêque depuis notre conquête. « Lorsque je reçus celte nouvelle, racontait -il aux novices, mon premier mouvement fat de me jeter dans la poussière, mon second fut de me relever entre les bras de Dieu. » Ses instructions au noviciat sur la CFoix, le sacrifice, la volonté de Dieu, l'amour souffrant et triomphant, « enlevèrent toutes les âmes, » selon l'expression de M""^ Barat. « C'est un apôtre et un saint, écrivait-elle ensuite. Il produit partout le même effet : il embrase. Nous irons plus tard dans sa mission d'Alger : elle est digne du Sacré-Cœur ^ »
Le noviciat brûlait de répondre à l'appel que l'on adressait de toutes parts à la Société : « Je suis obligée, écrivait M""^ Barat, de me roidir contre les sollicitations les plus vives de partout, Pologne, nord de l'Allemagne, Valachie, Angleterre, États-Unis, etc. , sans compter presque toutes les grandes villes de
1 ji^ ^jine de Limminghe, 5 nov. et 5 déc. 1838. — Journal VIII, p. 68; IX, p. 49.