NOUVELLES EPREUVES
paraîtrait utile que je travaillasse : Fiat ' / » Et dans une autre lettre : « C'est le temps de souffrir afin de faire réparation à la croix de Jésus -Christ que l'on outrage tant-. »
En effet, la croix était alors insultée, outragée, mutilée de toutes parts. M""" Barat, ayant appris qu'un de CCS sacrilèges avait été commis dans la ville de Niort, en écrivit ainsi sa profonde douleur à la mère Giraud : « Les détails des outrages faits au calvaire de Niort me causent une peine qui surpasse toutes les autres. Comment les personnes pieuses de la ville n'ont-elles pas prévu cet attentat, en faisant enlever le crucifix? Cette croix brisée, ce Christ mutilé me percent l'âme. Ah! puisque Jésus a permis que le pied gauche du Christ soit tombé dans le jardin du Sacré-Cœur, et que vous l'ayez en votre possession, honorez-le, faites-le honorer par vos filles, faites, dans votre intimité, des neuvaines d'amende honorable. Priez beaucoup pour votre ville et pour ceux qui ont commis ce crime. Que Dieu les convertisse ! Hélas! à quels châtiments sommes -nous réservés M »
Mais, loin de se convertir, la France avait une sorte de fièvre d'impiété. On venait d'entrer dans l'année 1831 . Le nouveau gouvernement se fiattait en vain de contenir la licence par la liberté. L'opinion, habituée à rendre le trône et l'autel solidaires l'un de l'autre, s'était tournée contre la religion par haine de la royauté. Les prêtres se cachaient, les pompes extérieures du culte étaient
1 A la mère Grosier, 2 janvier 1831.
2 A la mère E. Giraud, 2 janvier.
3 10 janvier 1831. Ce vœu fut fidèlement exéculij. La mère Giraud recueillit les débris du crucifix, fit une croix plus petite, et la plaça sur un autel qu'elle fit érii^cr au lieu même où avait été commis lesacrik'ge.
interdites. Dans la rue, clans la presse, dans les assemblées publiques, dans les sociétés secrètes, l'Eglise était en butte à la dérision et à la vexation , quand le milieu de février vit se déchaîner contre elle la fureur populaire. La dévastation de Saint-Germain-FAuxerrois et le sac de l'Archevêché renouvelèrent les plus hideuses saturnales de la Terreur. « C'était l'heure des ténèbres et de la puissance du mal, » et partout, à l'orgie se mêlait le blasphème, comme pour braver le Dieu qui tenait la coupe des fléaux suspendue sur la tète des peuples.
C'est à de telles heures que Dieu a coutume de se choisir des âmes privilégiées pour les associer à la rédemption du monde, en leur faisant porter, dans des immolations généreusement acceptées, la peine de nos fautes. M'"" Barat eut l'honneur d'être une de ces âmeslà. A partir de Middes, toute sa vie pendant six mois fut une suite de souffrances. D'une part son pied lui faisait endurer un vrai martyre. « Il me semble parfois, avouait-elle, qu'un animal caché le ronge jusqu'aux os ; » d'autre part, elle recevait de France d'inquiétantes nouvelles. Plusieurs de ses maisons étaient atteintes ou menacées par la Ivévolution. A Paris, le pensionnat, depuis l'hiver dernier, s'était transféré momentanément à Versailles : on élait dans une alerte continuelle. En province, Grenoble était inquiété; Perpignan voyait sa maison dévastée et ses religieuses chassées; Aulun élait sur le point d'être exproprié. « Je suis un diminutif de Job, écrivait M"'" Barat. Tous les courriers m'apportent la nouvelle do quelque désastre : peut -rire m'y accoulumerni-je, mais je n'en dors pas'. >-
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