‹ Histoire de Madame BaratChapitre 86 sur 311 · LA QUESTION DE LA RÉSIDENCE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE LA RÉSIDENCE

solution ne s'en ferait pas pacifiquement. Le 2 février , elle en disait ainsi son appréhension : « Notre Société est comme les gouvernements , à la veille d'une crise. Puisse-t-elle la surmonter et en sortir plus solide! Demandons-le instamment au sacré Cœur de Jésus ! »

Le Conseil général allait en décider. Son époque approchait. On crut que l'effervescence croissante de la politique ne permettait pas de le réunir à Paris. Où se tiendrait-il? Montet souriait assez à la mère générale, comme étant un terrain neutre qui ne préjugeait en rien la question de la résidence. D'autres inclinaient vers Rome. C'était pour choisir avec plus de liberté que M"*® Barat venait de s'éloigner.

Elle se rendit à Montet, en passant par Besançon. Pour y arriver, il lui fallut franchir le Jura en traîneau sur une neige épaisse qui depuis deux jours et deux nuits ne cessait de tomber : « Sans les cantonniers qui guidaient notre chariot et qui le relevaient au besoin, jamais nous ne serions arrivées, écrivait- elle. La sainte Vierge et nos bons anges nous ont protégées visiblement ^ »

Montet la reposa : « Vous seriez bien enchantée de cette maison, écrivait -elle à M"° de Limrninghe. Le bien qui s'y fait est solide et étendu : je vous en reparlerai. y> M™® Barat songea à l'étendre encore plus loin. Un jour ayant dit dans la conversation : « Il y a près d'ici une province où j'aimerais bien à voir s'établir une famille du Sacré-Cœur. — Quelle province, ma mère? lui demanda M™"" Coppens. — L'Alsace! » reprit -elle. A ce nom, la mère Henriette se réjouit, car depuis

1 A M"« de Rozeville et à M'°e de Graraont, 10 mars 1839.

quelque temps elle était sollicitée d'y fonder une maison par le curé de Colmar, M. Louis Maimbourg, l'oracle de toute la conlrée. La mère générale ordonna de donner suite à ses propositions. En conséquence, bientôt M. l'abbé Pieau, la mère Henriette et M""^ Joséphine Gœtz, qui était du pays, s'étant rendus à Colmar, firent choix d'une campagne située à quelques lieues de cette ville. Telle fut l'origine de la maison de Kientzheim,

Renonçant à réunir le Conseil à Montet, M"° Barat se dirigea , au mois d'avril , vers Rome , oij le Père Rozaven la pressait de se rendre. Elle voyageait incognito, pour ne pas éveiller les ombrages ou les craintes de ses maisons de France ; toutefois , sa charité fut bien près de la trahir à son passage dans sa famille de Turin. En descendant de voiture , ayant demandé , comme elle faisait ordinairement, si l'on avait des malades, on lui dit qu'une jeune élève donnait des inquiétudes. Aussitôt la mère générale monta à rinfirmerie : «■ Mon enfant, dit-elle à la pensionnaire, c'est M'"" Madeleine qui vient vous bénir au nom de Notre -Seigneur Jésus. » En disant cela, elle lui. fit une petite croix sur le front. La fièvre diminua immédiatement; et peu de jours après, Hénédine de Revel, — c'était le nom de la malade, — entrait en convalescence et disait à ses compagnes : « J'ai vu M""' Madeleine, une dame très-bonne qui est venue me bénir : c'est elle f(ui m'a guérie '. »

Le 21 avril, M'"" Barat était à Rome. Le 2 mai, elle écrivit, (lu couvent de la Trinilé, une IcUre circulaire invitant les conseillères à s'y trouver en.senible au com-

' Notes d«- M"" Alhurliuc do Laval. Doc. u" lij.

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