LES DÉCRETS DU CONSEIL
ciété en circonscriptions ou provinces, soumises à des mères provinciales chargées de les visiter et de les diriger, sous l'autorité et avec le contrôle de la supérieure. On réforma aussi le mode de renouvellement du Conseil des douze, appelé à élire la supérieure générale, et dont le recrutement était en effet très-irrégulier. Il n'y avait rien jusqu'ici qui ne fût désiré universellement.
Dans ce double changement, on s'était inspiré avec utilité des règles et des usages de la Compagnie de Jésus. L'admiration que ces règles inspiraient aux conseillères les entraîna de plus en plus dans cette voie d'assimilation. Les plus avancées dans ce sens étaient M"® de Limminghe et surtout M""* Galitzin , âme généreuse et forte, mais esprit absolu et caractère tout d'une pièce , qui aujourd'hui montrait autant d'exaltation pour l'Institut des Jésuites qu'elle lui avait juré de haine irréconciliable avant de le connaître. Par suite de cet entraînement, quarante-six articles furent changés ou supprimés dans les Constitutions. Ainsi , on prorogea de cinq à dix années la durée de Vaspirat avant la profession des derniers vœux. On retira aux sœurs coadjutrices le bénéfice du vœu de stabilité, par lequel elles contractaient avec la Société un engagement réciproque et irrévocable. C'étaient autant d'aggravations à la règle du Sacré-Cœur. Sous la même influence, on limita à six ans l'exercice de la charge des supérieures locales. La récitation de l'office en chœur ayant paru incompatible avec les fatigues de l'enseignement, du moins dans quelques maisons, on l'abolit dans toutes , excepté le noviciat. On supprima aussi les réunions périodiques du Conseil général, et l'on
y suppléa par la création d'une autre assemblée , nommée Congrégation , que la supérieure serait libre de convoquer quand et comme elle le voudrait, s'il en était besoin. Ces changements devaient faire l'objet de Décrets additionnels aux Constitutions, que l'on devait prochainement soumettre à la sanction du Souverain Pontife.
Mais la plus importante de ces décisions fut celle qui fixa à Rome définitivement le siège de la Société et la résidence de la supérieure. En vain M"'® Barat mit-elle en avant les raisons majeures d'intérêt général que nous avons exposées : « Nos mères, témoignait- elle quelques années après, nos mères, en me fermant la bouche si souvent, lorsque je leur faisais des objections raisonnables, n'ont pas voulu comprendre notre position en France. Il fallait les ménager sur ce point, qui pour elles était le plus sensible... C'est fait! Prions maintenant le Sacré-Cœur de Jésus de tout réparer : tout est possible à sa bonté et à sa miséricorde ^ » Précédemment elle écrivait sur le même sujet, « que l'on avait agi en tout imprudemment, qu'il fallait aller plus doucement, qu'il allait en résulter pour elle bien des ennuis-. » Enfin, s'accusant elle-même d'en être l'occasion : « J'en suis au regret, disait-elle, de n'avoir pas suivi mon sentiment, ou plutôt les lumières attachées à mon poste de supérieure qui me font voir et connaître ce que les autres ne peuvent apercevoir. Prions plus que jamais : nous en avons besoin ^. »
Le 5 juillet, le Conseil procéda à l'élection des assis-
1 A M"'-= Aude, 30 mars 18V1.
2 A M'"' de Limmingho, 27 septembre.
3 A la mère Grosier, 20 octobre.