PROMULGATION DES DÉCRETS
présentera-t-il un jour à son souverain Juge? De la paille au lieu de bon grain, de la terre au lieu d'or! » Et dans une autre lettre , regardant, du même point de vue, l'assimilation faite entre le Sacré-Cœur et la Compagnie de Jésus : « Si par la grâce de Dieu nous devenons ce que nous devons être, la Société du Sacré-Cœur prouvera au monde que des femmes , aidées par le secours divin, peuvent devenir des hommes. Entre nous, ce sera moins difficile dans ce siècle où les hommes deviennent des femmes ^ »
Ces paroles, tour à tour douces et énergiques, se perdirent au sein de l'agitation que les Décrets, à peine connus, avaient déjà soulevée parmi les maisons de France. C'était pour la fondatrice l'heure de la contradiction, heure féconde, décisive autant qu'inévitable, et qui n'a jamais manqué ni aux plus grandes œuvres, ni aux plus saintes âmes. Pendant quatre ans, le Sacré- Cœur allait traverser une crise à laquelle il eût succombé inévitablement, sans la prudence supérieure et la patiente sainteté de M"® Barat.
La première plainte qui s'éleva fut celle du Père Varin. Ni la translation de la maison mère à Rome, ni la conformité plus parfaite établie entre la Société dont il était le fils et la Congrégation dont il était le père , ne le trouvaient contraire : loin de là. Mais on avait porté la main sur l'arche sainte. M"'® Galitzin, chargée de rédiger les décisions du Conseil, avait osé arracher du frontispice de la Pvègle le prologue où il est dit que la fin première de la Société est de glorifier le sacré Cœur de Jésus , et elle avait écrit, à l'imitation de
1 A M"><= de Rozeville, 3 septembre 1839.
saint Ignace de Loyola : « sa fin est de se consacrer à la plus yrande gloire de Dieu. »
Ce fut contre ces hardiesses téméraires que le Père Varin protesta par deux lettres du 19 et du 24 aoiit, adressées à M"'^ Barat : vraies lettres de fondateur, très-émues, très-fortes, dans lesquelles il démontrait que supprimer ces lignes c'était ruiner le fondement même de la Société. Remontant, par ses souvenirs, aux premières origines de cette Société qu'il avait vue naître, il insistait sur ce point que l'objet, la fin, l'unique raison d'être de la Congrégation, était le sacré Cœur; et il demandait à M"'*' Barat : « En voulez-vous la preuve? C'est que jamais votre Société n'eût existé, si l'on n'eût eu, avant tout, le dessein formel de travailler à la gloire du divin Cœur de Jésus, en le faisant connaître et en le faisant aimer. » Le Père en concluait que .« la nouvelle œuvre n'était plus l'œuvre de Dieu révélée à Tournely, parce que ce n'élait plus l'ccuvre du sacré Cœur »; et voici en quels termes, à deux reprises différentes, il termine ses lettres : « Si vous supprimez cet article, il n'y a plus qu'une chose à faire , c'est de changer aussi le nom de la Sociélé. Que si, néanmoins, vous le conservez, ce sera peut-être encore une société du sacré Cœur, mais je ne pourrai pas dire que c'est celle que nous avons vue naître, il y a trente-neuf ans; qui vous reçut, vous, la première, dans son humble berceau, et dont, par la grâce de Dieu, vous avez procuré le développement d'une manière si admirable. Le nom peut demeurer, mais quant à la réalité, il est de toute évidence qu'elle n'existe plus'. »
I Lull. des l'.t cl 2i anùl, cilûes par M"" (Jalilzin. Relation, pages 17. 18, l'J.