OPPOSITION AUX DÉCRETS
M""® Barat comprenait la justesse de ces plaintes, mais elle était débordée par son ardente secrétaire. Du moins la conjurait-elle de procéder lentement, lui répétant que « les œuvres de Dieu n'ont pas cette impétuosité, et qu'on ne bâcle pas les statuts d'un ordre religieux comme on bâcle une charte. »
Cependant tout se divisait en dehors et au dedans de la Société. Tandis que le Père Rozaven, le Père Sellier, le Père Barat, le Père Loriquet soutenaient l'œuvre du Conseil général, on entendait le Père Renaud, provincial de France, répéter à Saint-Acheul : « Notre règle, en son entier, est trop rude pour des femmes : elles entreprennent une chose qui est au-dessus de leurs forces. » Le révérend Père Roothan, supérieur général de la Compagnie de Jésus, manifestait sa crainte que le déplacement du siège de la maison mère n'indisposât le gouvernement contre le Sacré-Cœur, et que la responsabilité n'en retombât lourdement sur les Jésuites de France; aussi leur prescrivit-il de ne s'immiscer en rien dans ces débals épineux. Un autre ami de la Société , naguère confesseur de la maison de Paris , M^ Matthieu, archevêque de Besançon, faisait dans une longue lettre l'examen de chaque point de la nouvelle règle, en laissant entrevoir l'effet calamiteux que ces innovations ne manqueraient pas de produire sur plusieurs de ses collègues dans l'épiscopat.
En effet, quelques évoques, inspirés par des préjugés d'un autre temps, s'étaient émus déjà de voir une Congrégation établie et florissante dans leurs diocèses leur échapper de plus en plus, pour aller se placer, croyaient- ils, sous l'action immédiate de Rome et la main des Pères de la Compagnie de Jésus. M^ de
Quélen en avait adressé au Souverain Pontife une réclamation qu'appuyèrent les évêques du Mans, de Tours, de Poitiers, d'Orléans, de Oeauvais. Le conflit prenait ainsi des proportions alarmantes. Ce devait être bientôt, au dire de M^ Matthieu, « la plus grave affaire de l'Eglise de France. »
Heureusement cet état de choses n'était pas soupçonné de l'immense majorité des religieuses de l'Ordre. Même dans les hautes régions que l'orage agitait, l'union des cœurs n'était aucunement brisée , mais le dissentiment des esprits était profond. Avec M""' Galitzin, les mères Prévost, de Limminghe, Coppens, de Charbonnel soutenaient les Décrets que les maisons de l'étranger avaient d'ailleurs reçus avec applaudissement. Celles de France s'y étaient soumises avec docilité, excepté toutefois le Mans, Aulun et Beauvais, où la supérieure, M"**' d'Olivier, revenue du Conseil de Rome, s'élevait aujourd'hui contre son propre ouvrage. Les deux plus anciennes mères de la Société, M'"" Grosier et Deshayes, ne voyaient pas sans regret un Institut nouveau se substituer, croyaient-elles, à celui dont elles avaient préparé le berceau.
Mais l'opposition principale venait de la maison de Paris. Ainsi que M"'" Barat ne l'avait que trop prévu, M^ de Ouélen, en s'y établissant, y avait bien vite conquis une influence souveraine. L'esprit de celle maison s'en était ressenti. M^' de Quélen était un grand seigneur, et à côté de la vogue que la protection d'un si digne archevêque donnait au pensionnat, il s'y était introduit une certaine opinion disposée à tenir jtou de compte de rhumble mère générale. De plus, M" de Quélen, si pieux, si charitable, n'en av;iil pas moins