DIVISION DES ESPRITS
reçu du siècle précédent un déplorable héritage de gallicanisme qui le mettait en défiance contre ce qu'on appelait alors les empiétements de Rome et des Ordres exempts. C'est sous l'empire de ces influences, et en toute bonne foi, que, malgré leur affection pour M"'° Barat, la supérieure de Paris, M™'' Eugénie de Gramont, et la maîtresse générale, M"*' Aimée d'Avenas, firent sentir à cette mère « ce qu'il en coûte de souffrir de la part des personnes qu'on a le plus aimées ».
Il faut observer toutefois, à l'honneur des opposantes, que leur plus grand grief contre M""® Barat était son éloignement. « J'accepterais encore les autres changements, lui écrivait M'"® Aglaé Fontaine, supérieure d'Autun ; mais la pensée de votre résidence à Rome m'écrase à ce point que je ne puis y penser sans effroi. Quel malheur que celui-là pour nos maisons de France, où votre présence produisait un si grand bien! Pour nous, vos anciennes filles, que cette croix est lourde, que ce changement est dur' ! » L'affection filiale entrait donc, pour une très-grande part, dans l'opposition faite à la supérieure. Étrange opposition où c'est rattachement même des filles pour leur mère qui les arme contre elle, et où on ne la combat que pour la conserver !
Jusque dans la cour de Rome , M°'® Barat rencontrait le même partage d'opinion. Le cardinal Pedicini, protecteur de la Société, homme d'une grande piété, soutenait les Décrets. Le cardinal Lambruschini , mieux instruit de l'état des esprits en France, en craignait, au contraire, les effets les plus fâcheux. La supérieure eut
1 Autuil, 24 sepl. 183o. Cilc dans la Relation de. M"" Galitzin, p. 41.
recours au Souverain Pontife : « La volonté du Saint- Siège sera toujours notre boussole, » répétait-elle dans ses lettres. Mais on n'avait pas encore soumis les Décrets à la sanction canonique : le Pape ne fil pas de réponse. Ainsi livrée à elle seule, M'"'' Barat ne vit plus qu'une issue possible entre ces dangereux écueils : celle que lui ouvrirait sa patiente charité; et l'on eut le spectacle de ce que peuvent, en de telles crises, riiumililé, la prudence, la longanimité, la douceur d'une sainte.
Il faut être bien maître de soi, bien libre de toute passion, bien fort contre son propre cœur, pour manier les esprits parmi des conflits aussi irritants. Cette supériorité calme de la vertu fut la principale force de M"'° Barat, Chez elle , pas de parti pris , pas d'obstination , mais une condescendance qui ouvrait la porte à tous les arrangements. « Vraiment, écrivait-elle dès le 6 septembre à M'"° de Gramont, vous vous affligez trop de mon séjour à Rome. Croyez que c'est un essai, et s'il ne devait pas être favorable aux intérêts de la Société , je l'abandonnerais avec empressement. » Et quatre jours après : « Si l'on prouve évidemment que le choix d'un autre lieu pour la demeure fixe de la supérieure générale sera plus avantageux à la Société, qui résistera? Ce ne sera pas votre mère, qui n'a consenti à ce changement que par devoir, et pour ne pas refuser au Cœur de Jésus le sacrifice qui pouvait le plus lui coûter. » — « Pensez-vous, demandait-elle à M'"" d'Avenas, que je veuille être absolue, ne rien entendre avec de si bonnes filles, et ne pas me rendre à la raison du plus grand bien, si on me la montre? Non, sans doute, ce ne fut jamais là ni mon caractère ni ma résolution. »
Ce qu'elle faisait planer au-dessus de ces débals,