SA PATIENTE CHARITÉ
c'était la charité. Elle voulait qu'elle fût sauve, en tout cas, à tout prix, ne pouvant même supposer qu'il en fût d'autre sorte. « Vous pouvez différer de pensées avec nous, écrivait-elle à M""" de Gramont; mais votre cœur, votre devoir vous élèveront au-dessus de nos dissentiments ^ » Elle écrivait à une autre : « Je compte autant sur la mère de Gramont que sur moi, les liens que le sacré Cœur de Jésus a formés et qui nous enchaînent à son divin service étant indissolubles. » Et à la mère Grosier qui , en lui présentant ses observations, craignait de porter atteinte à leur vieille amitié : « Ne vous mettez donc plus dans l'esprit, ma chère Henriette, de pareilles idées : elles n'ont aucun fondement. Notre affection est basée sur la pierre angulaire qui est Jésus - Christ ; et aucune puissance humaine ne l'ébranlera jamais. Vous pouvez donc me tout dire, à tort et à travers; je saurai toujours reconnaître votre attachement si pur à votre mère, et à cette Société pour laquelle je fais en ce moment le sacrifice qui peut me coûter le plus : celui de vivre loin de vous^ »
Sa magnanimité voulait que tout nom propre, toute imputation personnelle fût écartée de celte discussion. On chargeait le Père Rozaven de la responsabilité des dernières mesures : « C'est une calomnie, répond-elle indignée. Cet homme si respectable par son âge et les immenses travaux qu'il a consacrés au bien de la religion, ne méritait pas ces injustes reproches. Il ne fut que le rédacteur des articles incriminés. » Puis, pre-
1 Rome, 29 sept. 1839.
2 Rome, 14 sept. 1839.
nant tout sur elle : « C'est moi, ajoute-t-elle, c'est moi seule contre qui doivent se diriger les plaintes. C'est moi qui suis la coupable; et si j'ai pu me tromper en agissant de la sorte, du moins je croyais, et bien d'autres avec moi , travailler ainsi à notre perfectionnement ^ »
Elle eût pu se plaindre peut-être de M^'' de Quélen, qui, sans la prévenir, et de sa propre maison du Sacré- Cœur de Paris, avait écrit au Pape et aux évoques de France contre sa Circulaire et les Décrets. Mais, loin de l'incriminer. M"'*' Barat le plaint, comme ayant dû se faire une pénible violence à lui-même, avant de lui infliger cette cruelle blessure. « Vous auriez dû, ma fille, éclairer Sa Grandeur, faisait-elle savoir à M""" de Gramont. Vous lui auriez ainsi évité un chagrin; car, connaissant son cœur si noble, si compatissant, je suis assurée que ma vive douleur ne lui est pas indifférente. Elle est doublée venant de sa part. J'aurais pu espérer un mot d'avertissement et de conseil avant qu'il s'élevât contre nous - ! »
La peine, la grande peine que lui avait faite cette lettre de M^ de Quélen, elle en révèle le sujet dans les lignes suivantes : « Nous voici donc en spectacle à Dieu, aux hommes et aux anges. Qu'est devenu ce Cor unum dont nous étions si fières? Était-ce le moment de soulever un tel éclat, et de faire croire à l'univers que nous sommes divisées, tandis qu'aucune ne veut l'être, et que chacune serait prêle à tout sacrifier plutôt que donner un si triste exemple^? »
1 liomc, 30 oct. 183U.
2 Ibid., 5 oct. 1839.
3 Ibid.