SA DOULEUR PROFONDE
C'en fut fait dès lors du repos de M"® Barat. Les douleurs que souffre une mère pour son enfant malade, elle les sentait nuit et jour pour sa Société. Mais avec quelle foi elle les acceptait! C'est ce dont témoignent ces lignes à M""® Giraud : « Ma chère Emilie, donnez un souvenir ardent à votre mère qui, par son peu de vertu, passe de tristes nuits. C'est bien dans ce moment que je puis dire : « J'ai des enfants qui me réveillent; mais avec la croix, alors les coups s'adoucissent, car on aime à souffrir'. » Elle disait à une autre : « Jusqu'ici la Société avait été mouton. Tout allait bien, parce qu'il suffisait que les pasteurs portassent la houlette pour qu'ils fussent obéis. Ah ! qu'il serait fâcheux qu'il en fût autrement! la simplicité plaît tant à Notre- SeigneurM » — « Oh! chère mère, comme le Dieu de bonté nous travaille toutes! » écrivait -elle encore à la fin de cette année 1839. Et pensant qu'elle allait avoir soixante ans : « N'est-il pas temps de commencer tout de bon à devenir religieuse du Sacré-Cœur? Encore quelques années, et il nous faudra entrer en compte avec le grand Juge... Priez donc afin que ces années de souffrance fassent contre-poids à celles que j'ai employées si mal ^ »
Saint Vincent de Paul disait : « Ayez autant de condescendance que vous pouvez en avoir, tant que Dieu et le prochain n'en sont pas offensés. » Telle fut, dans toute cette affaire , la règle de M""^ Barat. La mère de Gramont et d'autres demandaient que les Décrets, avant de devenir définitifs , irrévocables , fussent sou-
1 Rome, 30oct. 1839.
2 A M™» de- Rozeville. Rome, 10 nov. 1839.
3 A la même, 6 déc. 1839.
mis à l'épreuve pendant un certain temps; et que, jusqu'à ce terme, on s'abstînt de les présenter à l'approbation du Souverain Pontife. Dès le y octobre , M"'* Barat lui fit savoir qu'elle consentait à faire cette expérimentation. « Vous voyez, mon Eugénie, observait cette lettre, que j'entre dans vos vues, n'ayant jamais voulu, croyez- le bien, imposer des obligations contre la conscience, et même contre le gré du plus grand nombre de celles qui composent la Société. » Elle disait un peu plus haut : « J'ai, hélas! des défauts qui ne me permettent guère de me glorifier; mais vous, qui me connaissez depuis de longues années, vous savez, chère Eugénie, que je ne suis pas entêtée, et que je me rends facilement à la raison. »
Cette première concession ne se fit pas sans soulever des contradictions. Il n'est pas donné à tous de comprendre sur quels points obligatoires, nécessaires, le devoir commande d'être ferme; sur quels autres, au contraire, il ne veut d'autres armes que la bénignité, l'humilité, la modération et la patience », comme s'exprime l'Apùlre ^ On taxait de faiblesse l'indulgence extrême de la supérieure pour M"'" de Gramont. La mère Galitzin, en particulier, que son éducation à l'autocrate disposait peu à l'art délicat du gouvernement, ne comprenait, ne conseillait que les grands coups d'État : « Mais, écrit-elle quelque part, les assistantes eurent beau prier la supérieure de montrer de la fermeté à l'égard de Paris, il ne leur fut pas possible de la persuader, tant elle craignait d'éteindre la mèche
1 >' Induilc vos sicul elccli Dci, sancli eldiiccli, benignitatem , liuinililalcrii, modfsliam, palieiiliam. » (Coloss. m, 12.)