‹ Histoire de Madame BaratChapitre 99 sur 311 · SA VISITE A LORETTE · texte numérisé non relu

SA VISITE A LORETTE

quelle honte de voir toutes ces attentions à côté de Lorette, et même jusque dans cette pauvre demeure qu'habitèrent longtemps Jésus et Marie! » Puis, dans les lettres suivantes : « Quel accueil que celui de la bonne marquise Solari! Il me tarde pourtant de partir, car ce genre de vie est trop contraire à mes goûts, et je ne puis oublier ce que j'ai été'. » Elle n'y resta que quatre jours , et après l'Assomption elle se remit en route.

A Pignerol, son passage fut marqué par une grande scène d'édification. La sœur Elisabeth, toujours aussi inconnue, toujours aussi humble, était près de mourir. M'"^ Barat passa auprès du lit de la mourante deux heures dont aucune plume ne nous a transmis le tableau. Le cœur de l'humble sœur ne pouvait contenir les sentiments de joie dont il était inondé; on l'entendait se plaindre doucement à Notre -Seigneur de ce qu'il anticipait sa récompense : « Ce n'est pas là, s'écriait -elle, ce que je vous ai demandé. Je ne voulais que souffrir, et vous savez pourquoi! » Comme on voulut savoir, à son dernier soupir, si elle n'avait rien à dire à sa supérieure : « Ah! dites-lui, répondit-elle avec solennité, que je n'aurai pas assez de toute l'éternité pour la remercier de la conduite qu'elle a tenue à mon égard. Cette conduite était vraiment dans les desseins de Dieu ; et maintenant je puis dire : « Tout est consommée » C'est ainsi que M"^ Pauline de Saint-André exhala son âme, le 14 septembre, fête de l'Exaltation de la sainte Croix, M"'*' Barat ne parlait qu'avec admiration de ce

1 A M"'« de Limminghe, l;j et 16 août. — A M'"« de Gramont, 31 aoùl.

2 Circulaire des défuntes, t. II, p. 268.

qu'elle avait vu, enlendu ou appris de ces derniers instants : « C'est l'amour qui l'a immolée, répétaitelle. Quels transports! quelles délices! môme à l'agonie... Elle avait tout* donné, elle avait suivi Jésus crucifié et humilié. Voilà la vraie voie, la plus courte et la plus sûre. Prions Notre- Seigneur de nous le faire comprendre ^ » Le souvenir que M""' Barat garda de celte sainte victime devint bientôt un culte; et nous lisons dans une lettre adressée à M""" Quirin, supérieure de Pignerol : « Quel sacrifice que celui de mon Elisabeth! Je ne puis m'en consoler. Je sens néanmoins qu'elle m'aide du sein de son céleste Epoux, car je l'invoque souvent-. «

^jme i3apat, s'arrêta dans sa famille de Parme. Elle la trouva installée, pour le temps des vacances, dans la maison de campagne de Talignano. Elle l'édifia par sa bonté et son humilité. Elle aimait à monter la colline oii paissaient les vaches et les brebis, et à prendre, pour une heure, la place de la sœur chargée de les garder. Un matin même, elle alla demander à un petit pâtre la grâce de le remplacer auprès de son troupeau, pendant que lui-même irait servir la messe de la communauté. Elle se fit donc bergère jusqu'au retour de l'enfant. « Cela, disait-elle le soir, m'a fourni un bon sujet de méditation. Je pensais à Jésus, le véritable pasteur, et, en voyant quelle peine j'avais à retenir mes ijrcbis dans les bons ])àlui'ages, je lui disais : « O Sei- « gneur! (jue je vous plains d'avoir alVaire à tant d»' « brebis rebelles et mauvaises comme moi ! »

« A M"" Girouil, G ocl. 18'tO.

■J Paris, l'i orlobre |si(t.

3 Souvenirs, par M "" iVrdriiu, p. is, oi tômoignage do M"" Fournior.

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