Janvier 1769, VI, p
forme de canard. M. de Sartine, ne craignit pas d’y donner son approbation, chose à peine croyable. Pidansat de Mayrobert cite la date qui serait celle du 16 juin 1768. — L’auteur des Anecdotes en conclut que « mademoiselle Lange venait d’être produite au Roi à la sourdine 1 », nous en conclurions au contraire que la connaissance de J. Bécu par le roi devait être antérieure et que la nouvelle en était déjà éventée, sans quoi on ne comprendrait pas qu’on commençât si vite à chansonner une historiette qui appartenait encore à la chronique secrète des petits cabinets. La notoriété suppose un certain temps d’incubation.
La seconde Bourbonnoise qui soit connue, ne s’en tient pas à des épigrammes, à des allusions, elle nomme la maîtresse en face, elle apostrophe le ltoi lui-même et le met en scène d’une manière cynique. On ne peut en citer que les deux couplets suivants :
Quelle nouvelle! )
Une fille de rien, ) lS‘
Une fille de rien,
Quelle merveille !
Donne au Roi de l’amour,
Est à la Cour!
Elle est gentille, i Elle a les yeux frippons, )
Elle est gentille,
Elle excite avec art Un vieux Paillard, etc...
Les couplets de la fin nomment mademoiselle Lange
ORIGINE DE LA LIAISON
en toutes lettres; mais ils sont trop obscènes pour être rapportés ici.
Aux chansons populaires succèdent bientôt les pièces de théâtre.
La première en date parait être la Bourbonnoise a la guinguette, farce-vaudeville représentée à Paris pour la première fois chez Gaudon l, le 30 octobre 1768. C’est une parade grossière dont la scène se passe au Cadran bleu , cabaret renommé du faubourg des Porcherons. — Il n’y a ni sel ni esprit dans cet ouvrage : ces deux qualités sont remplacées par les coups de poing et les coups de pied que les acteurs échangent comme sur les tréteaux de la foire. La pièce n’est, bien entendu, qu’une perpétuelle allusion aux aventures vraies ou supposées de Jeanne Bécu, une cuisinière qui fait danser l’anse du panier, un perruquier qui couvre un charbonnier de farine, tandis que de son côté celui-ci le barbouille de poussière noire, des commis de bureau qui jouent aux grands seigneurs, et des seigneurs qui tiennent des académies de jeu, enfin la Bourbonnoise coiffée ridiculement et affublée de falbalas, donnant le bras à Frison coiffeur pour dames, tels sont les principaux personnages mis en évidence.
La Bourbonnoise parle le vocabulaire des tripots, elle fait de grosses fautes de français, des liaisons choquantes et boit de grands verres de vin, des rasades d’eau-de-vie. Si l’on veut avoir une idée du dialogue, en voici un échantillon.
1. Gaudon (Claude-Pierre Gourliez, dit), né en 1733, se fit entrepreneur de spectacles forains. En 1770, il avait encore un spectacle à la foire Saint-Ovide. (V. le grand ouvrage de M. Campazon, les Spectacles de la Foire , vol. 1er, p. 365.)
GENEVIÈVE, bouquetière.
C’est peut-être là cette fameuse Bourbonnoise?... Ah! je voudrois ben savoir ça!
LA BOURBONNOISE, à ses deux hommes.
Eh ! mon Dieu ! faites-la donc taire. Vous n’entendez pas que ces créatures me nomment et que me voilà déshonorée!
MARIE-JEANNE, marchande de fruits.
Eh! regardez donc comme ça vous parle d’honneur! Ne dirait-on pas qu’elle en a à revendre?