GENEVIÈVE
En tout cas, ça ne vaudrait pu ren, ça ne serait que du réchauffé L
A travers ces grossiers lazzis on reconnaît une certaine vérité attestant que les auteurs étaient des gens bien informés comme pouvaient l’être des contemporains. Sous les traits de la cuisinière, on devine Anne Bécu, Lametz sous le masque de Frison le coiffeur, du Barry dans les damoiseaux à .plumet tenant académie de jeu, Sainte-Foy dans le commis de bureau; le passé de Jeanne Bécu n’est pas ménagé ; cependant, chose digne de remarque, elle n’est pas dépeinte comme sortant d’un lupanar, ce que n’auraient pas manqué de faire des libellistes à gage en quête de tous les scandales, si le fait eût été avéré. La pièce se termine par un tableau d’ensemble qui montre la Bourbonnoise portée en triomphe sur les épaules des Ribotteurs. On danse, on chante, on se bouscule autour d’elle et le poète Parnasse compose le vaudeville final, répété en chœur par toute l’assistance :
On voit à Paris maintes belles,
Eu falbalas, en dentelles,
ORIGINE DE LA. LIAISON
Mettre à profit leurs appas,
Et qui seroient mal à l’aise Saus avoir sauté le pas,
Comme a fait la Bourbonnoise.
Les falbalas , les dentelles étaient encore un des traits signalétiques de madame du Barry, parce qu’elle en avait la passion. Les mémoires de ses fournisseurs de modes pourraient servir de pièces justificatives à l’appui de ce passage.
La beauté, alors fort appréciée de la gorge, était un des avantages de Jeanne, aussi le vaudevilliste n’a-t-il pas manqué de la représenter déposant une fausse gorge énorme au moment où elle se délace.
Avoir sauté le pas est une expression triviale, qui équivaut à manquer à un certain devoir ; elle était à la mode à cette époque et elle a été souvent appliquée à la favorite L
La pièce jouée, dès le mois d’octobre, était imprimée avant le fin de l’année et paraissait chez le libraire Robustel, quai de Gèvres à la Victoire, Paris MDCCLXVIII (1768).
On voit par un avertissement mis à la dernière page, que les airs, la chanson de table, l’ariette, le chœur et le vaudeville final avaient été notés et se vendaient séparément chez le même libraire ; indice qu’on voulait faire de la publicité, qu’on cherchait à répandre cette production par la musique comme par le théâtre et qu’on ne redoutait pas l’autorité.
L’auteur toutefois n’était pas nommé, mais il a été
1. V. Morande, etc. — Les Mémoires d'un talon rouge rapportent qu’on disait d’elle qu’elle était la plus grande sauteuse de Paris , parce qu’elle avait sauté du Pont-Neuf dans le lit du roi, etc.
connu : c’est Barret de Villeaucourt, un des fournisseurs habituels des petits théâtres1.
La seconde pièce de la Bourbonnoise suivit de près la première ; elle fut représentée le 3 novembre 1768 sur le théâtre de Nicolet2.Elle est de Robineau, dit de Beaunoir3. C’est presque une opérette. Il y a autant de chants que de dialogues en prose ; elle est très supérieure à ia pièce précédente, il y a de la gaîté, de l’entrain, il s’y trouve des mots heureux, des couplets bien tournés. On pourrait encore aujourd’hui la voir jouer avec plaisir. Il est facile de reconnaître Jeanne Bécu dans la Bourbonnoise, l’exposition roule sur ses amours avec un coiffeur de dames, nommé Retappe. Elle veut, elle va l’épouser, une voisine l’en détourne et lui conseille d’exploiter hardiment sa jeunesse, sa beauté. La Bourbonnoise, Retappe se consultent, ils hésitent à écouter ces mauvais conseils, mais ils finissent par les suivre et iis organisent ensemble, d’accord avec la voisine, mademoiselle des Usages , les moyens de faire fortune, c’est-à-dire de faire des dupes. On voit alors l’intérieur d’un tripot tel que pouvait être la petite maison de du Barry. Retappe amène des amoureux pour faire leur cour à la Bourbonnoise : ils jouent aux cartes avec elle, les conjurés trichent en se faisant des signes et les pigeons sont plumés. Arrive alors une revendeuse, elle offre sa marchandise et la Bourbonnoise se fait payer force bijoux par les pontes candides. Bientôt c’est le tour de créanciers qui obtiennent le payement de leurs