‹ Histoire de madame du BarryChapitre 11 sur 304 · XL1V · texte numérisé non relu

XL1V

INTRODUCTION

avait bien plus : c’était un plan annexé à l’acte de 1755. La maison n’était, à vrai dire, qu’un pavillon; il n’y avait qu’une chambre à chaque étage et ce pavillon donnait sur la rue. Au devant, nulle cour, aucun emplacement quelconque pour recevoir une voiture. La maison était dans les conditions les plus humbles, les plus étroites et ne pouvait contenir qu’une seule personne au plus ; elle ne pouvait avoir servi de sérail ni à Louis XY, ni à aucun autre. Aussi, M. Le Roi, pour maintenir son système, en est-il arrivé à nier l’existence du Parc aux Cerfs en tant que harem royal.

A quoi nous lui opposions le récit même de madame Gampan. « Depuis la mort de madame de Pompadour, dit-elle, le roi n’avait pas de maîtresse en titre — il se contentait des plaisirs que lui offrait son petit sérail du Parc aux Cerfs. »

Et ailleurs : « Le Parc aux Cerfs était un sérail dont les beautés se renouvelaient souvent (p. 18). « Madame du Hausset est encore plus précise. Mais bientôt surgit une objection d’ une autre nature et non moins pressante.

La maison de la rue Saint-Médéric a été achetée par Louis XY en novembre 1755, sous le nom de l’huissier Vallet.

Précédemment, elle était louée à un sieur Philippe Demarne, par bail devant Ducroc, notaire à Versailles.

Or, le Journal de Barbier parle des jeunes filles du Parc aux Cerfs dès mars 1753, et comme la notoriété d’un pareil fait suppose une incubation d’un certain temps, on peut faire remonter l’origine de cet immoral établissement au commencement de 1753 et même auparavant.

Il y aurait donc eu une maison autre que celle de Crœmer ayant servi aux débauches de Louis XV.

INTRODUCTION

Invité à répondre à cette objection dans une séance de la Société des sciences de Versailles, M. Le Roi a gardé le silence; c’était peut-être ce qu’il pouvait faire de plus prudent.

En effet, toutes les publications qui ont suivi n’ont fait que de donner plus de force et de consistance h l’objection. Ainsi d’Argenson dit, à la date du 1er avril 1753, en parlant de mademoiselle Morfi: «La petite fille a de l’esprit et elle a plu beaucoup au monarque : elle a actuellement une jolie maison au Parc aux Cerfs, une gouvernante, une femme de chambre, une cuisinière et deux laquais. »

Comment songer à loger tout ce personnel dans la maison de la rue Saint-Médéric telle que nous la connaissons par la plus fidèle des descriptions, par un plan graphique?

Et ce n’est pas tout: d’Argenson dit, deux pages plus loin, en parlant d’une autre jeune fille : « Maison louée au Parc aux Cerfs », et cela dès le 15 avril 1753 ! — La maison de la rue Saint-Médéric n’était pas encore achetée, elle était louée par bail à Philippe Demarne.

Il faut donc convenir, de bonne foi, que l’acquisition faite en 1755 ne pouvait s’appliquer aux maisons de 1753.

L’autorité de d’Argenson en cette matière est très grande. Il s’était occupé du Parc aux Cerfs au point qu’on l’a accusé d’avoir écrit une brochure sur ce sujet.

Mais, dira-t-on, d’Argenson est passionné, suspect M. de Luynes ne l’est pas. Il n’y a pas d’écrivain plus vrai, plus impartial. (Voir les Mémoires du président Hénault, p. 193.)

Or, M. de Luynes tient exactement le même langage que d’Argenson. Il parle du Parc aux Cerfs et des jeunes filles qui y sont; il en gémit, mais il les nomme.

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