Mémoires du prince de Ligne , vol. IV, p
Gailhava avait déjà fait représenter des pièces de circonstance1. Il composa, pour le premier jour de l’année 1769, une comédie-ballet, intitulée : Les étrennes de l'Amour , jouée par les comédiens italiens. La musique était d’un sieur Boyer. Gailhava convient lui-même dans l’avertissement qui précède la pièce imprimée2, qu’il n’a voulu peindre qu’une allégorie; elle est transparente quoique ingénieusement voilée ; l’intention de l’auteur perce à chaque mot : tantôt l’Amour s’adressant à Euphrosine et à ses compagnes leur dit : « Puissiez-vous voir sans chagrin qu'il y a plus de trois Grâces. » On devine aisément quelle est la quatrième. Tantôt l’Amour se plaint de quelques prudes, qui lui avaient enlevé son arc ; « voudraient-elles, s’écrie-t-il, s’en servir pour lancer les traits de la Médisance et de la Calomnie?» On pressent bien encore contre qui, car on sait quelle était à ce moment la femme calomniée par excellence. Nous ne citerons que le dernier couplet du vaudeville final, il contient une allusion directe à la favorite, présentée sous le nom d’Hébé.
L AMOUR, s’adressant au publie.
Gibelle 3 en vain de traits mordans m’accable,
Pourvu qu’Hébé, L’ornement de ma Cour,
Daigne applaudir d’un geste favorable Aux Étrennes de l’Amour.
Les mots que nous avons soulignés sont assez clairs
1. Notamment pour la convalescence de Louis XV, après l’attentat de Damiens (1757).