‹ Histoire de madame du BarryChapitre 127 sur 304 · Ces mots sont en français dans l’original · texte numérisé non relu

Ces mots sont en français dans l’original

2. « Austère et dévot, disent les Anecdotes , il refusa de fléchir

le genou devant l’idole... » (p. 198).

Les Nouvelles à la main , de la Mazarine, Mss., expriment le

même fait en d’autres termes :

« Le 25 décembre 1770, M. le comte de Muy, lieutenant général des armées du lloy, cy-devant Menin de feu Mgr le Dauphin, a refusé par deux fois la charge de secrétaire d’État du ministère de la guerre. » '

« M. de Choiseul, dit Lebrun, secrétaire de Maupeou, manqua

d’énergie en cette circonstance. Il fallait se retirer. Il crut qu’il

pouvait conjurer l’orage par d’autres moyens. » (N° 4081.)

M. de Ghoiseul n’a su prendre aucun de ces deux partis.

Il ne s’est pas retiré et il est resté près de trois ans, de mars 1768 à décembre 1770, ministre à côté de madame du Barry, ce qui ne l’a pas empêché de diriger contre elle un assaut de pamphlets et de satyres, propres à la couvrir d’ignominie et de boue. Get acharnement malavisé n’eut qu’un résultat : ce fut de retarder la présentation et de la rendre d’autant plus scandaleuse qu’elle avait été plus attendue.

La présentation était arrivée presque à la hauteur d’une institution. C’était pour les hommes et pour les femmes une sorte de baptême placé à l’entrée de la vie de cour. Seulement la présentation des hommes consistait dans une simple formalité ; il suffisait que le roi invitât à chasser avec lui. Cette invitation impliquait celle de monter les chevaux du roi à la chasse, de revenir dans ses carrosses et de souper dans les petits appartements.

Il n’en était pas de même des femmes : il y avait poui’ elles tout un cérémonial, qui était fort compliqué et ressemblait presque à un hommage lige d’autrefois, par les démonstrations humiliantes auxquelles il assujettissait la récipiendaire. Madame de Genlis a donné une description complète d’une présentation, dans son dictionnaire des étiquettes de la cour. Paris, 2 vol. in-8°, LI-24.

La première condition pour être présenté, qu'il s’agît d’hommes ou même de femmes, était d’avoir fait ses preuves de noblesse par-devant le généalogiste de la cour.

Il fallait en outre qu’une femme déjà présentée

servît d’introductrice ou de marraine à la nouvelle postulante.

Il devait y avoir là, pour madame du Barry, une double et très grande difficulté. Son mari avait une noblesse très réelle et très ancienne. Mais il ne s’agissait pas des du Barry, ils n’étaient pas en cause; il fallait faire un tour de force, esquiver les Bécu et trouver une généalogie pour les Yaubernier. « L’embarras, dit M. deBelleval, c’était de trouver un biais pour la présenter à cause des preuves et de la dame qui présente et cela n’est point commode à arranger. On prétend que Sa Majesté a cru trouver un moyen de tourner l’affaire des preuves en achetant du prince de Tingry, pour la comtesse, moyennant 700,000 livres, la principauté de Lus en Bigorre 1 et en la faisant passer pour une princesse étrangère, sans les preuves. » Il paraît que ce projet n’eut pas de suites, car madame du Barry ne fut pas présentée comme princesse étrangère. Gomment la difficulté des preuves fut-elle éludée ? Nous l’ignorons : ses titres ne se sont pas retrouvés au cabinet du roi. Ils peuvent avoir été perdus, soustraits ou elle aura été dispensée de les produire.

Quant à la marraine, ou comme le dit M. de Bel-

1. Aujourd’hui Luz en Barrèges, chef-lieu de canton, département des Hautes-Pyrénées, 2,600 habitants. — Expilly dit :

« Lus, bourg dans le comté de Bigorre, en Gascogne, diocèse et recette de Tarbes, parlement de Toulouse, intendance d’Auch. 200 feux. Bourg situé dans la vallée de Barège, sur le Gave; trois lieues de la frontière d’Espagne, deux du pic du Midi; eaux estimées. — Expilly. »

Pidansat de Mayrobert (p. 107) en fait une principauté de Lux, venant de la maison de Luxembourg. — M. de Belleval dit positivement qu’il s’agissait de la Principauté de Lus, en Bigorre ; et Hardy est aussi de cet avis.

levai à la dame complaisante, on avait pensé à madame la baronne de Montmorency « qui devait se charger de ce rôle, moyennant finance et bien des grâces l. » Peut-être en demanda-t-elle trop. Elle fut remplacée par une comtesse de Béarn déchue de son rang comme madame de Montmorency du sien. Les Galard de Béarn pouvaient aussi invoquer une origine historique. Ils avaient la prétention de descendre des Mérovingiens par Eude .d’Aquitaine. Ils avaient eu, dans le passé, une existence quasi princière. L’un de leurs ancêtres, Jean-Louis de Saluces, avait cédé les marquisats de Saluces et de Montferrat à Charles IX, roi de France, par traité fait en 1560, moyennant 30,000 livres de rente perpétuelle.

Angélique-Gabrielle Joumard des Achards, baronne de Lamotte Mongaux, etc... avait épousé, le 18 février 1738, François-Alexandre Galard, vicomte de Béarn, seigneur d’Argentines. Elle était petite-fille et seule représentante de Louis de Lur Saluces, baron de Farguas. Le traité fait avec Charles IX n’ayant pu recevoir son exécution à cause des embarras de l’État, le Parlement de Paris avait rendu deux arrêts, l’un en 1761, l’autre le 4 juin 1764 2, pour liquider les droits

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