‹ Histoire de madame du BarryChapitre 140 sur 304 · Bachaumont, 4 janvier · texte numérisé non relu

Bachaumont, 4 janvier

3. Y. les Bettes de madame de Mailly, qui pourtant n’avait pas été maîtresse déclarée.

elle se trouvait ainsi, jusqu’à un certain point, initiée aux mystères de la politique, au secret de la poste, etc., etc.

Une fois ces habitudes prises, il devenait fort difficile de rompre un pareil lien, et il y avait là une garantie pour les parties intéressées au statu quo. D un autre côté, la maîtresse déclarée était chargée de protéger les arts, de distribuer les grâces, les secours... Elle s’intéressait aux hommes de lettres et aux artistes, elle recevait des mémoires pour le roi, sollicitait auprès de lui les remises de peines, les adoucissements aux condamnations trop sévères, elle encourageait les manufactures par ses commandes, elle servait d’intermédiaire auprès du roi et parfois le roi se servait d’elle pour traiter certaines affaires où il ne voulait pas paraître en personne.

Tel était le rôle que madame de Pompadour avait rempli avec éclat pendant près de vingt années et qui allait être le modèle suivi de loin par madame du Barry et quelquefois invoqué contre elle comme un précédent1. Il nous serait facile de tracer le parallèle entre les deux favorites fait par fait, point pour point. Ce serait commencer par où nous devons finir. Ce tableau se dessinera de lui-même. L imitation de madame de Pompadour apparaîtra par la force et la suite naturelle des choses. Cette tendance à une copie servile fut un malheur pour madame du Barry, les circonstances avaient changé, ce qui avait été accepté

1. Exemple : le sieur Cozette, de la manufacture des Gobelins, a l’honneur de faire observer que, pour de pareilles pièces de tapisseries, feue madame de Pompadour lui donna en 1 / 52, pour récompenser les hommes, 3,600 livres. (Dépenses de madame du Barry.)

et acclamé dans l’une fut hué et conspué chez l’autre. L’histoire ne se recommence pas impunément. Le règne d’un maître absolu lassait déjà la nation. Le règne des maîtresses en titre n’était plus possible. Le tort de madame du Barry fut de ne pas comprendre que le scandale affiché n’était plus de mode. Elle expia cruellement plus tard ce défaut d’intelligence de son temps. Que d’humiliations, que de maux elle se serait épargnés, si elle s’était bornée à exercer en secret sur le roi le pouvoir de ses charmes, si elle avait imité mademoiselle Choin, madame de Montesson, mademoiselle de Romans qui n’eurent jamais la tentation de jouer un rôle public et politique ! Loin de la cour, elle pouvait en braver les dédains et les sarcasmes. Elle avait pour se consoler et se défendre mieux que la faveur du roi (ce bien suprême alors), elle avait l’inviolabilité de son indépendance et de son incognito. Il n’y avait nulle prise possible sur une femme qui ne sortait pas de chez elle et forçait son illustre captif à lui rendre les armes dans son salon et son boudoir. Au contraire, dès qu’elle mettait le pied sur le sol scabreux et difficile de Versailles, elle devenait par là même la très humble esclave des lois de l’étiquette, elle était justiciable de cet esprit exercé des grands seigneurs et des grandes dames, formidable pour « ceux qui, de la cour, n’ont pas un long usage. » Elle tombait aux derniers rangs d’une société hautaine et brillante qui avait sur elle l’incontestable supériorité de la naissance, des manières et d’une honnêteté relative. Nous la verrons plus tard se débattre contre ces difficultés, essayer de les vaincre à force de concessions et de bassesses et succomber à la peine, n’aboutissant qu’à la relégation dans

un couvent par lettre de cachet en attendant l’écrou de la Force et de la Conciergerie. Elle l’avait voulu ainsi ! Elle avait voulu une entrée à la cour, elle l’obtint, un appartement au château et elle l’eut. Mais le jour où elle franchissait les degrés qui devaient l’y conduire, elle montait, sans le savoir, les premières marches de l’échafaud de 1793 !

Ces temps étaient bien loin et nul ne pouvait les apercevoir à l’horizon de l’avenir. Madame du Barry moins que personne : elle s’empressa de jouir d’un triomphe longuement disputé. Les nouvelles à la main publièrent immédiatement après la présentation , des détails dans lesquels on voit percer sa joie. « Elle donne des soupers, où elle invite tous les grands de la cour et les ministres. » Au bas de l’invitation, on assure qu’on lit : « Sa Majesté m’honorera de sa présence. »

Ses réceptions supposaient un appartement digne de recevoir dp tels hôtes. Aussi le plan de 1769 nous montre-t-il sous la lettre A une salle à manger1 précédée d’antichambre et escortée de cabinet. La présence du roi se comprendrait donc. L’appartement de madame du Barry était une dépendance des fameux petits cabinets sur l’emplacement desquels il avait été pris en partie, et les petits cabinets étaient le domaine réservé de Louis XV. Le fait n’a rien d’invraisemblable, sauf la rédaction du billet qui peut avoir été arrangée.

Un mois après, madame du Barry a fait un nouveau pas : elle a pris une des autres places de madame de Pompadour, elle siège à Bellevue.

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