‹ Histoire de madame du BarryChapitre 171 sur 304 · Journal , vol. I, p · texte numérisé non relu

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2. Publiée en 1829 par M. Claude-Antoine-Gabriel de Choiseul, neveu du ministre, dans la Revue de Paris, t. IV, p. 43. (Bibl. nat. Z. 2259. E. e. 4.) Nous la reproduisons intégralement

3. u Côme je vous ay promis de vous dire tout ce qui me reviendroit de vous, je m’en acquite en ce moment. L’on dit que

208 LA COUR A COMPÏÈGNE.

Le premier n’est relatif qu au baron de Wurmser contre lequel M.de Choiseul aurait lâché un juion pai trop militaire.

Le second touche madame du Barry. « L on dit, écrit le roi dont il faut peser ici toutes les paroles, que vous aves grondé le chevalier de la Tour du Pin à l’occasion de madame du Barry sur ce qu elle a diné au camp et sur ce que la plus grande partie des officiers avoient diné chés elle le jour de là revüe. » Le troisième grief la concerne également, M. de Choiseul auroit aussy grondé M. Foulon à son occasion. »

Le roi ajoute : « Vous m’aviés promis que je n entendrois plus parler de vous sur elle. »

Ces paroles brèves mais expressives laissent entrevoir les scènes qui avaient pu se passer précédemment entre le roi et son ministre au sujet de la la\ orite. Déjà Louis XV devait s’être plaint des attaques dirigées contre elle : M. de Choiseul avait sans doute promis de donner satisfaction, de taire trêve à cette guerre qui s’était poursuivie par des chansons, des pièces de théâtre, de mauvais procédés de cour, etc.

vous aves grondé Wurmser, je ne sçay sur quoi, mais que vous lui aves lasché une f. {sic) bien conditionnée.

« L’on dit que vous aves grondé le chevalier de la Tour du Pin à l’occasion de madame du Barry, sur ce quelle a diné au camp et sur ce que la plus grande part des officiers avoient diné chés elle le jour de la revüe.

« Vous aves grondé aussy M. Foulon a son occasion.

« Vous m’aviés promis que je n’entendrois plus parler de vous sur elle.

« Je vous parle avec confiance et amitié ; l’on peut se déchaîner contre vous dans le public, c’est le sort des Ministres, surtout quand on les voit en opposition avec les amis du Maître; mais, a cela prêt, le Maitre est toujours très content de leur besogne et de la votre en particulier (sz'c).

LA COUR A COMPÏÈGNE.

Louis XV lui rappelle l’engagement qu’il avait pris : il ne dit rien de plus.

Puis, comme si ce seul avertissement pouvait blesser la susceptibilité de l’irascible duc de Choiseul, il termine sa lettre par des assurances de confiance et d’amitié. Si l’on se déchaîne contre lui dans le public, c’est le sort des ministres, surtout quand on les voit en opposition avec les amis du Maître , à cela près le maître est toujours très content et en particulier de ses services.

La réponse de M. de Choiseul est longue : c’est toute une apologie. Pour bien la comprendre il faut savoir que, parmi les troupes rassemblées à Verberie, dans la division commandée par M. de Rochambeau se trouvait le régiment de Beauce : ce régiment avait pour colonel, M. le chevalier de la Tour du Pin. L’un des officiers placés sous ses ordres était Nicolas du Barry, frère puîné de Jean et de Guillaume et par conséquent beau-frère de madame du Barry. Il avait le grade de sous-aicle major, d'après son état de services conservé aux archives de la guerre; suivant les Anecdotes l, il « prenoit le titre de chevalier du Barry et pour répondre au nom qu’il avoit l’honneur de porter, il se signala au camp par une magnificence extraordinaire dans un simple officier, par une table ouverte et par l’impudence avec laquelle il en faisoit faire publiquement les honneurs par sa maîtresse. »

L’auteur des Anecdotes continue ainsi2 : « Madame du Barry cherchoit à capter la bienveillance de chacun. Tout le régiment de Beauce avoit été comblé

de ses politesses. Le jour où ce corps étoit venu camper à Royal-Lieu, elle avoit donné un repas splendide à tous les officiers et le colonel M. de la Tour du Pin n’avoit pu se refuser à lui accorder les hommages d’usage envers les femmes cju on veut distinguer, procédé qui déplut au Ministre de la Guerre qui s’en expliqua sous le prétexte général qu il ne vouloit pas qu’on prodiguât ainsi les honneurs militaires. »

Tels sont les faits sur lesquels va rouler la réponse de M. de Choiseul à Louis XY.

Après des remerciements pour les témoignages de bonté et de confiance que lui donne la lettre du roi, M. de Choiseul débute par des considérations générales sur les ennemis qui l’attaquent. Il se plaint des mauvais propos que l’on tient contre lui et, ce qu il y a de pire pour lui, de ceux qu’on lui fait tenir. « Je 11e puis pas douter, dit-il, en voyant ceux qui entourent madame duBarry et que Votre Majesté connaît dans le fond de son âme aussi bien que moi, que je ne sois un des objets particuliers de leurs inventions malignes et de leur désir de nuire. Nous avons une expérience très suivie de l’estime que l’on doit avoir du caractère et de la personne de ceux qui ont soixante-dix ans ou qui en ont davantage.

« Quant aux jeunes gens, ils font pitié et croient être quelque chose en croyant fronder et braver votre ministre, etc... »

Voilà donc l’objectif de M. de Choiseul désigné de sa main : c'est l’entourage de madame du Barry. Il est composé de deux sortes : les vieillards et les jeunes gens. Dans cette singulière classification, la première catégorie est composée de gens de 70 ans ou

LA COUR a COMPÏÈGNE.

plus, pourquoi cet âge? C’est que très probablement M. de Choiseul veut désigner le maréchal de Richelieu qui est sa constante préoccupation et qui, né en 1696, était en 1769 plus que septuagénaire. Déjà il avait dit à du Mouriez en parlant de madame du Barry: « Cette coquine là me donne bien des embarras, d’Aiguillon et Maupeou sont derrière. » D’Aiguillon, qui n’était pas encore en scène, était le neveu du maréchal de Richelieu et plus tard nous verrons Louis XY rassurer M. de Choiseul contre l’influence qu’il suppose à M. de Richelieu sur madame du Barry i. Ce sont là les entours , si redoutés du ministre. Pour les adversaires de la deuxième catégorie, ces Barriens, décrits par M. de Belleval, pages, mousquetaires, chevau-légers, cette jeunesse frondeuse n’inspire àM. de Choiseul qu'une pitié dédaigneuse. Après ces préliminaires, M. de Choiseul arrive aux faits.

Il nie avoir grondé Wurmser et s’être servi de termes impropres vis-à-vis de lui, il invoque son témoignage, il est ici et peut dire la vérité (ceci prouve que la cour était encore à Compiègne et donne une date à la correspondance qui n’en portait aucune).

Il continue :

« Ce qui s’est passé au régiment de Beauce, n’est pas plus vrai, mais a plus de vraisemblance. Je n’ai pas grondé M. le chevalier de la Tour du Pin, je ne lui ai point parlé qu’il eut donné à dîner, ou qu'il en ait reçu, je suis, Sire, à mille lieues de pareilles misères. » Nous ne saurions être de cet avis. Les faits signalés par Louis XV avaient leur gravité ; ils n’étaient nullement des misères, le ministre de la guerre

1. Lettre de Louis XV à M. de Choiseul. ( Revue de Paris, 1829.)

en les blâmant et en les réprimant aurait été à coup sûr dans son droit et son devoir ; mais M. de Ghoiseul, en homme habile, évite de s’en prendre à madame du Barry; il fait de l’incident une affaire d’étiquette, de prérogative royale et sur ce terrain il devient inattaquable, écoutons-le :

« Le jour que Votre Majesté a vu manœuvrer les 42 bataillons, on vint me dire que le régiment de Beauce avoit salué et rendu les mêmes honneurs à madame du Barry; je ne dis pas un mot à celui qui vint m’avertir.

« Le soir chez moi on me répéta la même chose à laquelle je n’eus pas l’air défaire attention.

« Le lendemain, en allant voir manœuvrer sa brigade, je dis à M. de Rochambeau que l’on m’avoit rapporté que le régiment de Beauce de sa division avoit rendu des honneurs à des carrosses autres que ceux de la famille royale1, pendant que Votre Majesté étoit sur le front de la ligne; que cela n’étoit pas bien et que je le chargeois de prévenir M. de la Tour du Pin que l’on ne devoit pas rendre d’honneurs quand le roi étoit au camp... »

M. de Ghoiseul termine sur ce point en faisant observer que M. de la Tour du Pin a reçu de l’avancement que l’on aurait fort bien pu ne pas lui donner, et que toutes les grâces demandées par le régiment de Beauce lui ont été accordées, ce qui ne prouve pas de l’humeur de sa part.

Il reprend ainsi :

« Quant à Foulon, je ne me souviens pas de l’avoir

1. V. Règlement du roi pour le service de sa maison à l’armée du 15 juillet 1790. — De Luynes, 1-208.

jamais grondé ; je me méfie de lui parce que je ne l’ai jamais cru honnête, c’est ce qu’on appelle un intrigant qui a une ambition démesurée, qui est bien éloigné d’avoir la capacité propre aux places qu’il ambitionne. Mais je me sers de lui et je le traite à merveille, parce qu’il m’est utile au détail dont il est chargé. Je ne lui ai point parlé une seule fois de madame du Barry, il y a trois semaines à l’occasion d’un nommé Nallet que madame du Barry m’a recommandé ; j’ai dit à Foulon bien positivement que je voulois faire pour cet homme ce qu’elle désiroit et que je m’en prendrois à lui, s’il n’en accéléroit les moyens... Depuis que je suis à Compïègne, je n’ai vu Foulon que deux fois devant du monde et je ne lui ai pas parlé, et s’il dit que dans aucune circonstance, depuis que je le connois, je l’ai grondé relativement à madame du Barry.,., M. Foulon est un impudent menteur... »

Foulon 1 était commissaire des guerres : le sieur

1. Joseph-François Foulon de Doué, d’une famille ancienne de l’Anjou, massacré après la prise de la Bastille, le 22 juillet 1789. Le jugement défavorable que M. de Choiseul porte contre lui ne justifie pas le meurtre de cet infortuné, mais explique les rumeurs qui couraient contre lui et le rendirent victime de l'exaspération populaire. Suivant le Mémoire dont nous avons parlé, madame du Barry lui aurait dit « que le roi étoit décidé à ne faire aucune réforme, à ne mettre aucun impôt, et que sans doute il trouveroit un moyen pour rétablir les affaires. — Oui, aurait-il répondu, il y a un moyen sûr, c’est de faire banqueroute, mais, dans ce cas, je vous observe que je ne suis pas votre homme. » Cette réponse, défigurée et commentée par les ennemis de M. Foulon, lui attira le reproche d’avoir conseillé la banqueroute. Il parait inadmissible qu’un propos tenu en 1768 ou 1769 ait causé la mort de son auteur trente ans après qu’il avait été tenu dans une conversation essentiellement secrète. Mais Foulon s’était opposé énergiquement à la convocation des notables, à celle des États généraux; il était d’avis de combattre la Révo-

LA COUR A COMPÏÈGNE.

Nallet, homme de confiance de madame du Barry et prête-nom du Roué, demandait la fourniture des vivres de Corse ; il avait d’abord été accueilli favorablement par M. de Choiseul1, il est vraisemblable qu’il avait été renvoyé à Foulon et celui-ci ne se pressant pas de tenir la promesse du ministre, Nallet se plaignait et la comtesse, pour son protégé. — Suivant un mémoire, provenant de la famille de Foulon, le roi avait jeté les yeux sur lui pour la place de surintendant des finances avant l’entrée de l’abbé Terray dans ce ministère. Des pourparlers auraient même eu lieu entre lui et madame du Barry à ce sujet; aussi M. de Choiseul se montre-t-il très dur envers lui. Il désavoue Foulon, rejette la faute sur son compte et il proteste de son bon vouloir pour madame du Barry. Ces protestations étaient -elles sincères,? On peut en juger par le passage suivant des Mémoires de Lauzun, qui se rapporte bien à la même époque2:

« Pendant ce voyage de Compiègne, M. du Barry me donna un rendez-vous dans la forêt et je m’y rendis le lendemain matin. Il se plaignit à moi de l'acharnement que M. le duc de Choiseul mettoit contre madame du Barry et contre lui ; me dit qu elle rendoit justice à un si grand ministre et désiroit ardemment de bien vivre avec lui et qu’il ne la forçât pas à être son ennemie; quJelle avoit sur le roi plus

lution à outrance, et il avait dù à ces dispositions notoires, connues par ses écrits, d’être désigné pour le ministère de la guerre au moment du renvoi de Necker. On lui reprochait en outre d’avoir dit : « Si le peuple n’a pas de pain, qu il mange du foin. » C’est là qu’il faut chercher les véritables causes de sa mort.

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