P. 79, édit. Poulet-Malassis, sous la date
de crédit que madame de Pompadour n’en avoit jamais eu, et qu’elle seroit très fâchée qu’il l’obligeât à s’en servir pour lui nuire. Il me pria de rendre compte de cette conversation à M. le duc de Choiseul et de lui faire toutes sortes de protestations d’attachement.
« Je fis ma commission.
« M. le duc de Choiseûl la reçut avec la fierté d’un ministre persécuté des femmes et qui croit n’avoir rien à redouter. Il se déclara donc une guerre implacable entre lui et la maîtresse du roi ; et madame de Gramont, dans ses propos outrageants, n’épargna pas le roi même. »
Lauzun était neveu propre par alliance de M. de Choiseul1; s’il faut l’en croire, il avait été bien près
1. Le père de Lauzun et M. de Choiseul (le ministre) avaient épousé les deux sœurs, les demoiselles Crozat. Madame de Gramont était donc presque la tante de Lauzun.
Mémoires de Lauzun , 1759 :
« Le duc de Choiseul avoit une sœur chanoinesse de Remiremont*, qui n’avoit pour toute fortune que sa prébende, mais qui joignoit à tous les agréments de son sexe le caractère d’un homme propre aux grandes choses et aux grandes intrigues; il la prit chez lui. Madame de Choiseul étoit laide, mais de ces laideurs qui plaisent généralement : on pouvoit avec raison l’appeler une femme désirable. Elle ne fut pas longtemps sans vouloir gouverner son frère, et vit bien que le plus sûr moyen de prendre de l’empire et d’empêcher celui d’une maîtresse, étoit d’en faire son amant. Mais, pour soutenir ce rôle sans danger, il falloit une consistance, un état, et elle n’en avoit point. Il fallut donc chercher un mari qui convint également à son amour-propre et à sa sûreté. Elle jeta les yeux sur M. le duc de Gramont, homme sans caractère, sans moyen de rien faire, interdit depuis quelques années et passant sa vie dans une petite maison près de Paris,
* Béatrix de Choiseul-Stainville, née à Lunéville en 1730, morte sur l’échafaud le 17 avril 1794. Elle était fille du marquis François-Joseph de Stainville et de Marie-Louise de Bassompière.
LA COUR A COMPÏÈGNE.
d’être l’amant de madame de Gramont qui l’avait pris en amitié \ Nous ne le croyons pas cependant sur parole et nous n’admettons son récit que parce qu’il est conforme à une lettre parfaitement authentique de Louis XY àM. de Choiseul, dans laquelle il dit... «Elle (madame duBarry) n’a nulle haine contre vous, elle connoit votre esprit et ne vous veut point de mal...»
Ce sont presque les termes de l’ouverture de du Barry rapportés par Lauzun. M. de Choiseul, de son côté, proteste de ses bons sentiments et c’est là son tort, suivant nous, car en même temps il ne désarme pas et la guerre continue implacable entre sa sœur, lui et la maîtresse du roi, qu’en apparence il traite avec déférence et qu’en arrière il appelle une coquine.
Il ne croyait avoir rien à redouter d’elle. Sa conduite en est la preuve dans les voyages qu’il fit alors à Chanteloup, à Metz, à Nancy, à Deux-Ponts. S’il avait été inquiet pour sa situation, il se serait gardé de s’absenter et de laisser le champ libre à ses adversaires2.
Encore un mot sur ce voyage de Compiègne, Du Mouriez prétend dans son journal3 « que la Dubarry sachant qu’il était arrivé au camp et qu’il n’était pas
avec des musiciens et des filles publiques les moins recherchées Rien ne pouvait mieux convenir à madame de Choiseul. On leva l’interdiction, et le mariage se fit (16 août 1759).
« J’avois quatorze ans alors, j’étois un assez joli enfant. Madame la duchesse de Gramont me prit dans la plus grande amitié dans l’intention, je crois, de se former tout doucement un petit amant, qui fut bien à elle et sans inconvénient. »