Vol. I, p
LA COUR A COMPÏEGNE.
venu l’adorer comme tous les Français, lui en lit faire des reproches et, quoique peu vindicative, elle a depuis contribué volontiers à le faire mettre à la Bastille. »
C’est là une évidente calomnie ; les causes pour lesquelles Du Mouriez fut mis à la Bastille beaucoup plus tard sont parfaitement connues. Madame du Barry n’y était, ne pouvait y être pour rien. Du Mouriez était un des agents de la correspondance secrète, il s’occupait en outre de lever des troupes à Hambourg pour aller au secours de Gustave III, roi de Suède, qui était menacé à la suite de son coup d’Etat. Le ministre, qui n’était pas dans la confidence de cette correspondance, crut qu’il s’agissait là d’un fait d’espionnage et de trahison avec les puissances étrangères. Il le fît arrêter ainsi que M. de Ségur et Favier. Tous les détails de cette affaire, dite Affaire de la Bastille, sont connus aujourd’hui. Les pièces ont été publiées1. Le nom de madame du Barry n’est pas prononcé une seule fois, il n’y est fait aucune allusion.
Du Mouriez fut ensuite transféré au château de Caen. On a sa correspondance avec sa famille. S’il eut été détenu par la vengeance de madame du Barry, on en trouverait la trace dans ces lettres et elles n’en parlent pas. Du Mouriez aurait, du reste, été élargi immédiatement après la chute delà favorite et il n’est redevenu libre que trois mois après, le 2 août 1774 2.
Quel intérêt d’ailleurs madame du Barry pouvaitelle avoir à ce que des personnes qui l’avaient connue,
1. V. la Correspondance secrète de Louis XV, par M. Boutaric, vol. II, p. 361.