V. le Catalogue de sa vente chez M. Ridel
2. Lettre sur les peintures grecques et sculptures, déposées au Louvre par M. Raphaël et son ami J..., p. 32 :
« Tu contes là tout doucement qu’on n’a pas rendu la noblesse, l’élégance et la finesse de l’original à propos du buste de madame la comtesse du B.... Parieu m’a dit que cela ne se pouvoit pas; que quand une fois la nature est à un certain point de beauté, on ne peut plus y arriver; qu’on est bien heureux quand on en approche tant seulement, et il étoit bien content de la façon dont on en avoit approché.
« Il falloit M. Le Moigne pour donner au marbre autant de vie, et aux yeux ce genre de fierté qui décèle une grande âme et qui imprime le respect. » — P. 75, 1765.
(Lettre à M. X..., par M. Mathon, de la Cour.)
figure de madame du Barry au moment de son éclat et de sa faveur. Pidanzat prétend qu’ils ne se ressemblent pas entre eux, et que loin de flatter le modèle ils ne l’avaient pas rendu dans toute la vérité de ses charmes. Les deux portraits nous paraissent d’accord quoique la personne qu’ils représentent soit vue sous deux aspects différents, le front est un peu fuyant et arrondi sur les côtés, le nez aquilin plutôt allongé que court, la bouche assez grande, le menton à fossette, la figure d’un ovale parfait. Les yeux en coulisse, disent les Anecdotes donnaient à madame du Barry un regard minaudier, tandis que cette beauté a un regard très net, très franc, très ouvert. Ce regard est précisément celui du portait à l’habit de chasse. L’autre a, il est vrai, les yeux en coulisse, ce qui se remarque aussi dans les portraits de madame du Barry par madame Lebrun et par Cosway. Ceci ne prouve qu’une chose, c’est que dans une physionomie, il peut y avoir plusieurs moments à saisir et des expressions variables comme la pensée du peintre ou l’attitude du modèle. Au reste, nul ne peut mieux que l’original lui-même trancher une question de ressemblance et madame du Barry fut satisfaite de la sienne. Son approbation se traduisit par l’octroi immédiat d’un atelier aux Tuileries accordé à Drouais, par la commande d’un nouveau portrait faite au même artiste et par des rémunérations pécuniaires dont la mention se trouve dans les comptes de madame du Barry
1 . Lettre de M. le duc de Saint-Florentin à M. Gosselin, inspecteur du palais des Tuileries, du 19 septembre 1769 :
u j’ai) Monsieur, accordé au sieur Drouais, peintre du Roy, le Cabinet de S. M. aux Thuileries pour y peindre quelques tableaux: ai ns y vous pouvez luy en remettre les clés. Il demande
Ajoutons, pour compléter ces premiers linéaments du portrait de madame du Barry, qu’elle avait les cheveux blonds ou plutôt châtain très clair, non pas de cette nuance pâle propre aux fdles du Nord, mais d’un ton doré et chaud des blondes du Midi. Tous les témoins oculaires sont unanimes pour proclamer la surabondance luxuriante de sa chevelure qui était un des avantages de sa beauté qu’elle soignait le plus et qu’elle devait savoir le mieux soigner, soit qu’elle portât les cheveux relevés en étage sur la tête suivant la mode de 1769, épars sur les épaules comme en 1789 ou bouclés sur le front comme dans le portrait posthume de Gonde (1794) d’après Cosway.
Les yeux étaient d’un bleu foncé, les dents remarquablement belles. L’éclat du teint tel qu’elle ne porta jamais de rouge. Certaines femmes de la Lorraine ont cette fraîcheur éblouissante, le sang à fleur de peau. Elle avait en outre quatre signes à la figure, l’un au-dessus du sourcil droit, l’autre au-dessous de l’œil gauche, un troisième auprès de la narine droite, le quatrième au-dessous de la lèvre gauche. Ces signes sont parfaitement visibles dans le portrait en habit de chasse, gravé par Beauvarlet, dans la copie au pastel que je possède et dans le grand portrait en pied peint par madame Lebrun ; ils sont disposés
aussy la liberté d’ôter les doubles châssis, ce que •vous pouvez luy permettre, s'il n'y a pas d’inconvéniens.
« Je vous suis, Monsieur, entièrement dévoué, etc. »
Arch. nat. O 441 .
15 juin 1770. — Bordereau B..., à Drouais, peintre. 6,000 fr.
Avril 1771. — Bordereau H..., à Drouais, peintre.. 3.000 fr.
Compte rendu du Salon de 1771. — On distingue le portrait de madame la comtesse du Barry, par Drouais, peinte en muse, etc... (11 septembre 1771).
comme nous venons de l’indiquer. L’auteur des Anecdotes en parle p. 42 et 46, mais sur la foi d’un des prétendus amants de mademoiselle Rançon, il les place au bas des joues. A entendre ce sieur Duval, « cette multitude de petits signes lui avoit toujours répugné et c’est à ces signes qui lui avoient tant déplu qu’il la reconnoît plus tard à la chapelle de Versailles, malgré la Thérèse (espèce de capuchon), p. 48, qui lui couvre le haut de la figure. » La réfutation de ce récit se trouve dans le portrait de Drouais qui est d’accord avec celui de madame Lebrun. Ils sont l’un et l’autre confirmés par un pamphlet du temps, qui, parlant des verrues qui couvraient le visage de Francklin ajoute cette réflexion incidente : « ces rugosités n’étaient pas aussi jolies que les signes de madame du Barry. » Ceci est écrit en 1781, onn’avait plus alors de raison pour la flatter. Nous pouvons croire l’anecdote suivante qui nous a été racontée par M. Marin Darbel, notre parent, auteur d’ouvrages justement estimés. Il avait connu M***, l’un des derniers courtisans de la cour de Louis XV qui aient survécu à la Révolution. M. de *** lui raconta qu’un jour il avait rencontré madame du Barry aux environs de Louveciennes. Ils parlèrent de l’ancien temps, de Louis XV, etc., et M*** dit à l’ancienne favorite « quel était donc celui de vos charmes que le roi aimait le mieux? » Elle lui répondit : « C’étaient les signes que je porte à la figure et que souvent il couvrait de baisers. » Il est un dernier document qu’il faut consulter sur ce détail, c’est le signalement sinistre de l’écrou. Il parle d’un cigne h la figure : il ne dit rien de cette multitude de défectuosités que le greffier de la prison, d’une malveillance évidente,
n’aurait pas manqué de constater. Il en résulterait que le sieur Duval pourrait bien n’être qu’un personnage fictif mal dissimulé sous un nom d’emprunt. Reste donc l’appréciation de Louis XY, qui y voyait des grains de beauté et des peintres de toutes les époques qui ont consacré le sentiment du roi par leurs pinceaux.
Nous avons déjà vu que madame du Barry avait cinq pieds un pouce (signalement de la prison). Le journal de M. de Sartine pouvait donc dire avec vérité qu’elle était grande ; il ajoutait : bien faite, c’est là un avantage qu’aucun des détracteurs même de madame du Barry ne lui a refusé. Elle avait une taille svelte, une poitrine développée, des mains et des pieds parfaits, au dire de Mirabeau1.
L’air noble, dit le journal de Sartine en 1764, son air de vierge, dira plus tard l’abbé Georgel dont il faut combiner la silhouette avec le portrait deDrouais, sa fraîcheur, sa physionomie radieuse, sont les traits saisissants, caractéristiques de madame du Barry. Il ne faut pas s’attendre à une beauté idéale, à une régularité classique, il y aurait déception ; c’est ce qui est arrivé à Horace Walpole, à Joseph II, iis s’attendaient sans doute sur la foi de la renommée à une tête grecque, aux lignes dignes de l’antique. Madame du Barry n’avait rien de semblable, c’était avant tout une femme désirable dans toute sa personne et c’est ce que Louis XY avait sans doute cherché en elle, des formes provoquantes, voluptueuses, des promesses sensuelles qui pouvaient lui faire oublier les appas flétris de madame de Pompadour et les enfants