Galerie des Dames nationales
du Parc-aux-cerfs. Yoici un passage de la correspondance d’Horace Walpole1 avec Georges Montagu qui va rendre notre pensée sensible , elle est datée du 17 septembre 1769, et se rapporte par conséquent au mois même dont nous nous occupons en ce moment.
« Après avoir assisté à ce banquet royal, nous nous rendîmes à la chapelle, où l’on nous réservoit dans les premières tribunes , une banquette. Madame du Barry alla se placer en bas, vis-à-vis de nous ; elle étoit sans rouge, sans poudre et même sans toilette, étrange manière de se montrer ; car, elle étoit près de l’autel, au milieu de la Cour et exposée aux regards de tout le monde.
« Elle est jolie quand on l’examine attentivement ; cependant elle est si peu remarquable, que je n’aurois jamais songé à demander qui elle étoit, il n’y avoit rien d’affecté, d’arrogant ou d’effronté dans son maintien. La sœur de son mari l’accompagnoit.
« Dans la tribune supérieure, figuroit parmi une foule de prélats le Roi qui est encore bel homme; on ne pouvoit s’empêcher de sourire à ce mélange de piété, de magnificence et de sensualité. »
La scène est curieuse et le contraste qu’elle présente est bien observé.
1. Si Horace Walpole était à une tribune d’en haut, il ne pouvait voir que très imparfaitement madame du Barry, placée au rez-de-chaussée. J’en ai fait l’expérience : la hauteur des galeries est de 42 marches ; il y a, en outre, la largeur de la chapelle. A cette distance, les traits du visage sont à peine distincts. Walpole ne pouvait, d’ailleurs, apercevoir madame du Barry que de profil, les tribunes derrière le chœur étant occupées par l'orgue et les chantres. « Les chantres de la Chapelle ont chanté en haut les Vêpres, et tout de suite les missionnaires le Salut. » 2 février 1749. IX, p. 310. — De Luynes.
Madame du Barry est près de l’autel, par conséquent au rez-de-chaussée de la chapelle, c’était l’usage. Walpole devait être dans les galeries des orgues, placées au-dessus du chœur ; il pouvait voir madame du Barry mais obliquement, de loin et de haut en bas, de côté, ou même par derrière.
Le roi était dans la tribune supérieure de la chapelle qui est de plain pied avec les grands appartements et le salon d’Hercule.
Voici l’impression du visiteur anglais :
Elle est si peu remarquable qu’il n’aurait jamais songé à demander qui elle était. Pour découvrir qu’elle est jolie, il fallait l’examiner attentivement. En d’autres termes, ce n’est pas une de ces beautés plastiques qui frappent les yeux et s’imposent à l’admiration du spectateur, il faut de l’attention pour s’apercevoir qu’elle vaut la peine d’être regardée. Elle est sans rouge, sans poudre et même sans toilette, étrange manière de se produire au milieu de la cour et de s’exposer aux regards du public. C’est presque la critique d'Araminte sur Céliante dans la comédie du Cercle : « Madame affecte de ne se parer jamais ; elle ne met ni diamants ni rouge ; elle semble dire : Regardez-moi, je suis jolie, mai* ces charmes sont à moi, il n’y a point d’art, je n’en ai que faire : la nature a pourvu à tout. » D’autres voyageurs anglais contemporains trouvent au contraire que les femmes françaises avec leur rouge avaient l’air de pivoines. On sent dans les réticences de Walpole, l’ami de madame du Défiant et par elle des Choiseul. Il rend pourtant cette justice à madame du Barry qu’il n’y a ni affectation ni arrogance dans son maintien, elle était accompagnée de sa belle-sœur.
On regrette qu’il n’ait pas consacré une ligne à nous la faire connaître. On prétend qu’elle était contrefaite et fort laide 1 ; il eût été curieux d’avoir son portrait écrit et il manque à la galerie des du Barry 2.
] . A?iecdotes, p. 81.