CHAPITRE XXI
VOYAGE A FONTAINEBLEAU
Après le voyage de la cour à Compiègne, venait en septembre la visite à Fontainebleau1, le deuxième voyage, la saison des chasses et* des intrigues. C’est pendant ce temps que se jouaient les grands coups de politique, que se faisaient et se défaisaient les ministères2. Le 24 septembre, le duc de Ghaulnes mourut. Les nouvelles à la main de la Mazarine disent : « Il avait profité de l’agrément du roy pour se démettre de la charge de capitaine-lieutenant de chevau-légers et l’affaire qui avait été manquée avec M. le duc d’Aiguillon s’est renouée et a eu son exécution ; » et les nouvelles des Anecdotes ajoutent ce commentaire : « Les courtisans ont été surpris que M. le duc de Choiseul n’ait pas obtenu la place de capitaine-lieutenant des chevau-légers de la garde du roy pour M. le vicomte de Choiseul auquel il voulait la faire tomber3, » et l’auteur des Anecdotes re-
1. Journal de Police. Dans les voyages de Compiègne et de Fontainebleau, le public attend toujours de graves événements et en fait consigner des nouvelles (novembre 1750).
2. Nouvelles à la main citées par les Anecdotes , p. 163. Barbier, novembre 1750.
VOYAGE A FONTAINEBLEAU
prend: « le ducd’Aiguillon dut vraisemblablement à la reconnoissance de la maîtresse du monarque, l’agrément qu’il eut alors pour acheter cette charge1. » C’était là un double échec qui devait être supporté impatiemment par le ministre naguère tout-puissant. Nous savons déjà, par les mémoires de Du Mouriez2, que d’Aiguillon était sa préoccupation constante, il craignait en lui un successeur. ( Mém ., liv. I, ch. vu.)
Le poste nouveau qui lui était confié, lui donnait ses entrées directes et la faculté d’entretenir le roi en toute liberté en travaillant avec lui, chose la plus redoutée dans les intrigues de la politique3. C’était en outre un Choiseul qui succombait devant un Richelieu, autre blessure à l’amour-propre de l’irritable duc. Il devait voir là un symptôme de défaveur, dont son humeur ombrageuse était disposée à s’exagérer la portée et à rejeter naturellement la responsabilité sur madame du Barry. Telle fut son inquiétude que pour la première fois il consentit à avoir une conférence avec la favorite ; il était sur le point de se rendre à Metz où il allait inspecter un camp de cavalerie ; il eut auparavant une entrevue avec elle, et les courtisans, toujours à l’affût des nouveautés et des moindres incidents, notèrent que cette entrevue n’avait pas duré moins de trois heures4. C’était un événe-
2. « Un ministre est toujours à craindre, dit Besenval. Les tete-a-tete qu il a continuellement avec le Roi, où il peut dire sans contradiction tout ce qui lui plaît; l’espèce de confiance qu on accorde à sa place; la facilité avec laquelle les mauvaises impressions s adaptent : tous ces trois moyens paraissent dangereux. » P. 227, édit. Barrière.