CHAPITRE XXIII
LES LOGES DE NANTES. — DON VIAGER Qü’eN FAIT LOUIS XV A MADAME DU BARRY. — MADAME DE MIREPOIX. — APPAR¬ TEMENT DF. MADAME DU BARRY EN 1 7 70.
L’année 1770, dit Pidansat de Mayrobert, s’ouvrit par une anecdote qui fit beaucoup d’honneur a la nouvelle maîtresse et fut extrêmement répandue, à cause de la circonstance des visites du jour de l’an, auxquelles il faut toujours quelque aliment pour soutenir les conversations, elles roulèrent sur le trait suivant :
« Le premier jour de janvier madame du Barry entra chez le Roi, fort gaie, et en lui disant qu’elle venoit lui demander ses étrennes ; savoir les loges de Nantes, objet d’environ 40,000 livres de rente qu’avoit eu madame la duchesse de Lauraguais ; elle ajouta que c’étoit pour sa bonne amie la maréchale de Mirepoix. Le Roi sourit et lui répondit: Madame je suis fâché de ne pouvoir vous accorde!' cette grâce; j’ai disposé de l’objet. La belle comtesse de faire la boudeuse eL de répliquer: Eh bien! voilà la quatrième faveur que je sollicite et que vous me refusez, le diable m’emporte si je vous importune désormais. — C’est bouder de bonne heure, repart S. M., vous commencez bien mal l’année! — Et vous bien plus
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mal continue la favorite, en redoublant d’humeur.— Votre reproche ne me fera pourtant pas changer, dit son auguste amant en la regardant tendrement; il ne fait que me confirmer dans ma résolution; il est beau à vous de montrer autant de chaleur pour votre amie; mais encore un coup il n’y a plus rien à faire, ce cadeau est promis et voulez -vous savoir, à qui, madame? c’est à vous, ce sont les étrennes que je vous ai réservées, il l’embrasse en môme temps. Madame du Barry n’eut rien de plus pressé que de publier le cadeau du monarque et le procédé galant et spirituel qui l’avait accompagné. Les courtisans de leur côté exaltèrent un emportement peu respectueux, mais qui caractérisoit l’àme franche, ouverte, généreuse de la comtesse. »
Le fond de l’anecdote est vrai : la jouissance viagère des Loges de Nantes a été concédée à madame du Barry par brevet du roi du 23 décembre 1769.
Il est également vrai que madame du Barry avait demandé cette faveur pour madame la maréchale de Mirepoix . On lit dans une lettre de madame du Défiant à Horace Walpole du 15 janvier 1770.
« Il auroit bien mieux valu pour elle (la maréchale de Mirepoix), avoir les boutiques de Nantes (que les grandes entrées, grâce qui lui donnait plus du ridicule que de considération), la dame du Barry avoit sollicité pour qu’on les donnât à la maréchale, mais le Roi les lui donna à ellemême L »
On voit que si les faits matériels sont exacts, la mise en scène reste l’œuvre de Pidansat de Mayrobert. Madame du Barry avait sollicité la concession du bre-