‹ Histoire de madame du BarryChapitre 191 sur 304 · B° 185, 13 août · texte numérisé non relu

B° 185, 13 août

LES LOGES LE NANTES

sidérable dans ses affaires, et la met dans le cas de devoir actuellement 80,000 livres exigibles pour lesquels elle éprouve journellement des assiguations , des saisies et toutes sortes d’humiliations dont elle désire ardament sortir. C’est aux bontés du Roy qu’elle recourre pour obtenir enfin une tranquilité à laquelle elle aspire en vain depuis longtemps, et dont elle ne jouira que pour consacrer plus particulièrement encore'le reste de ses jours à tout ce qui peut-être agréable à Sa Majesté. Elle offre en conséquence de remettre la rente affectée pour elle et les simples deniers sur la Lorraine et de la convertir en une simple pension de 40,000 livres lesquels joints aux 38,000 livres, dont elle jouit déjà rcprésenteroient les 80,000 livres qui lui sont nécessaires pour vivre, il seroit seulement indispensable d’exempter ces 80,000 livres de toutes espèces de relenues et de les faire payer exactement à raison de 20,000 livres par quartier. Et afin de la tirer toute à la fois de l’oppression de ses créanciers elle supplieroit Sa Majesté d’ordonner que ses dettes montantes à 80,000 livres seront payée en deux ans à raison de 20,000 livres tous les six mois ce qui sera moins à charge à la finance 1.

« De la main du Roy. Bon : 20,000 livres. »

Voilà quelles étaient les prétentions de cette mendiante de cour de haut appétit. On pense bien que les loges de Nantes n’auraient pas été un morceau de taille à la satisfaire.

1. 15 janvier 1770. — « Sa Majesté a bien voulu accorder à madame la maréchale de Mirepoix une gratification extraordinaire de douze mille livres pour chacune des années 1766, 1767 et 1768. Les besoins qu’elle avoit et qui ont alors excité la bienveillance du Roy subsistant encore, madame la maréchale de Mirepoix supplie Sa Majesté de luy accorder la même gratification pour l’année 1769.

« De la main du Roy.

Bon : 12,000 livres.

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« Le grand-papa (M. de Choiseul) , dit madame du Deffant, ne s’est point mêlé de tout cela; il ne se raccommodera pas avec la maréchale... (de Mirepoix). »

Et elle ajoute :

« La dame du Barry ne prend nul crédit et il n’y a pas d’apparence qu’elle en prenne jamais ; elle n’a d'affection ni de haine pour personne : elle pourra dire ce qu’on lui fera dire comme un perroquet; mais sans vue, sans intérêt, sans passion : ce n’est pas avec un pareil caractère que l’on parvient à gouverner. Le triumvirat Broglie, d’Aiguillon et Maillebois qui voudroient s’en faire un appui sont ennemis les uns des autres. »

Et encore dans la même lettre :

« Le grand-papa ne me parait dans aucun danger pressant, mais tout ceci n’a point pris couleur. Pour la du Barry elle n’est point à craindre, mais le chancelier joint au contrôleur général, voici ce qui est un peu suspect. »

Ces aveux son précieux à constater! ils échappent à madame du Deffant. A l’issue de conversations avec le duc de Choiseul, elle dit elle-même dans cette lettre: « Le grand-papa est plus franc que tous ces gens-là et j’en apprends plus dans une soirée avec lui, qu’en quinze jours avec tous les autres. » C’est bien probablement après des confidences de ce genre qu’elle écrit.

Madame du Barry est sans haine, sans passion, sans vues, c’est-à-dire, si nous traduisons bien, sans ambition ni esprit d’intrigues politiques, elle n’est point à craindre et M. de Choiseul est tranquille, que devient alors la fable si accréditée de la cabale de madame du Barry contre le ministre? A entendre tous les historiens, c’est elle qui s’agite pour le ren-

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verser ; à l’entendre lui-même, elle ne fait rien dans ce but et n’est capable de rien faire. Entre des écrivains mal informés et la partie intéressée ellemême, l’hésitation n’est pas possible, il faut donc bien constater ce fait important à sa date. Plus tard lorsque M. de Choiseul aura succombé , son parti trouvera tout naturel de rejeter sur madame du Barry ce qui ne fut que la conséquence des fautes du ministre. Mais au commencement de 1770, madame du Barry est protégée contre ces accusations par sa propre incapacité, elle ne peut faire ni le bien ni le mal. Elle n’a nul crédit, nul moyen, pour gouverner, soit: mais alors qu’on ne lui attribue pas la chute de M. de Choiseul.

Nous avons déjà dit que madame du Barry avait eu plusieurs logements au château de Versailles h

On voit par les bons du roi1 2, que le 10 février 1770 on faisait demander à M. de Marigny pour l’appartement de madame la comtesse du Barry, 25,000 livres.

Il est bien entendu que le bon ne se fait pas attendre et que la somme demandée est accordée3. A ces bons est annexé un plan, qui est peu intelligible parce qu’il ne porte ni lettre de renvoi ni légende et que les lieux ont été remaniés tant de fois qu’il est impossible de s’y reconnaître ; mais il existe au château de Versailles, dans les bureaux de l’architecte, des registres, dits des magazms du Roy. Il résulte de ces registres , dont l’extrait nous a été communiqué par M. E. Soulié, que l’appartement de

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