‹ Histoire de madame du BarryChapitre 194 sur 304 · Vol. II, p · texte numérisé non relu

Vol. II, p

LES LOGES DE NANTES

« J’ai envie de vous conter, dit madame du Défiant, une réponse de madame la maréchale de Mirepoix, qui m’a paru très jolie. Madame du Barry pour lui plaire ne cesse de lui parler de sa haine pour le grand-papa: « Compre- « nez-vous, lui dit-elle il y a quelque temps, qu’on puisse « haïr M. de Choiseul, ne le connaissant pas? »— « Allez, « je le comprends bien mieux, répondit la maréchale, que « si vous le connaissiez.» C’est bien dommage que le cœur et le caractère de cette femme (madame de Mirepoix), ne répondent pas à son esprit et à ses grâces ; elle est sans contredit la plus aimable des femmes qu’on rencontre ; je lui trouve beaucoup plus d’esprit qu’aux oiseaux et ces oiseaux valent pour le moral encore moins qu’elle1. »

Comment faut-il interpréter cette conversation? Pour nous, l’étonnement de madame du Barry, qu’on puisse haïr quelqu’un à distance exprime un regret, presque un reproche; la haine qu’on lui prête n’était donc pas bien profonde, elle n’était vraie que du côté des Choiseul, mais par un effet de leur stratégie habituelle ils lui attribuaient les sentiments qui ne venaient que d’eux-mêmes. On en trouve la preuve dans cette pièce de vers, qu’ils firent circuler à cette époque :

Déesse des plaisirs, tendre mère des Grâces, Pourquoi veux-tu mêler au fêtes de Paphos Les noirs soupçons, les fâcheuses disgrâces,

Et pourquoi méditer la perte d’un héros !

Ulysse est cher à la patrie,

Il est l’appui d’Agamemnon,

Sa politique active et son vaste génie Enchaînent la valeur de la fière Ilion.

Page 1