‹ Histoire de madame du BarryChapitre 195 sur 304 · Yol. II, p · texte numérisé non relu

Yol. II, p

LES LOGES DE NANTES

Soumets les Dieux à ton empire,

Vénus, sur tous les cœurs règne par la beauté, Cueilles dans un riant délire Les roses de la volupté ;

Mais à nos vœux daigne sourire Et rends le calme à Neptune agité.

Ulysse, ce mortel aux Troyens formidable Que tu proscris dans ton courroux,

Pour la beauté n’est redoutable Qu’en soupirant à ses genoux.

Les Mémoires de Bachaurnont publient ce morceau, à la date du 9 mars 1770 sans autre commentaire que ce titre : Vers à madame du Barry à l’occasion de sa division avec le duc de Choiseul. Grimm les donne à son tour en avril et y ajoute quelques réflexions.

« Les vers, dit-il, que vous allez lire ont été adressés à madame la comtesse du Barry. On voit, du reste, qu’on a voulu parler de M. le duc de Choiseul sous le nom d’Ulysse. Il me semble que ces vers n’ont déplu à personne, malgré cela l’auteur n’a pas jugé à propos de se faire connaître. »

Voltaire, Delille, le chevalier de Boufflers 1 ont passé successivement pour être ce poète resté anonyme. Mais la paternité de la pièce a été réclamée par E. de Lantier, et semble devoir être reconnue en sa faveur.

« Protégé, dit la biographie Michaud, par l’évêque d’Orléans, Jarcnte, alors ministre de la Feuille des bénéfices, Lantier le pria de faire connaître l'auteur de cette pièce

1. Voyez Souvenirs et Mélanges de Rochefort. Vol. II, p. 223. M. Tachereau avait compris cette épître dans son édition des œuvres de Boufflers de 1827 et l’a supprimée dans l’édition de

LES LOGES DE NANTES

au duc de Choiseul , qui lui accorda une pension de 1200 livres et le nomma secrétaire d’ambassade à Dresde b

Barbier est d’accord avec Michaud, l’auteur de l’article de la Biographie et Lantier lui-même a publié comme étant de lui, les vers adressés à madame du Barry2 ».

Étienne-François de Lantier, né en 1734, à Marseille, avait 36 ans en 1770. Il n’était pas encore connu. Cette épitre aurait été son début, suivant la biographie. Une autre pièce fort longue insérée dans ses Contes en vers et en prose71. 1861. 3 vol. in-'18, est encore adressée au duc de Choiseul. On peut donc affirmer

]. Voici la note qui existe au Ministère des affaires étrangères et que M. Faugère a eu la bonté de nous communiquer.

« Le sieur Lantier fut désigné pour être secrétaire du ministre du roi, en Saxe, le 4 août 1770, aux appointements de 1200 livres sur les fonds du Ministère des affaires étrangères, à commencer du 1er juillet de la même année.

« Sa destination n’ayant pas eu lieu, son traitement, dont il a

joui pendant un an, fut supprimé le 28 juillet 1771.

« Il demande actuellement d’être employé en qualité de secrétaire d’un ambassadeur ou d’un ministre du roi dans une cour étrangère. »

Lantier n’ayant pas pris possession des fonctions de secrétaire à la légation de France le traitement qu’il recevait n’était, suivant. nous, qu'une simple gratification. M. d’ Aiguillon, nommé ministre, le 6 juin 1771, prit une décision pour la faire cesser. Lantier réclama dans deux lettres auxquelles il ne fu,t pas répondu et qui composaient tout son dossier.

L'article de la biographie était donc exact: seulement la place et la gratification ne formaient qu'une seule et même chose et non deux comme on aurait pu le croire d’après le texte de la Biographie. Lantier est mort en 1826, après s’être fait connaître par le Voyage d'Anthénor en Grèce et beaucoup d’autres productions diverses.

2. Correspondance de madame d'Arly , 1814, 2 vol. in-8, p. 156.

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