‹ Histoire de madame du BarryChapitre 196 sur 304 · vol. in · texte numérisé non relu

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qu’il appartenait à son parti et d’ailleurs les récompenses qu’il reçut du ministre le prouvent surabondamment. Madame duBarry était loin d’être maltraitée dans ces vers et, comme Grimm Ta remarqué, tout le monde devait être content. Seulement, pour être dans la vérité, il faut dire que l’offensive appartenait à M. de Choiseul et que pour rétablir la concorde entre Vénus et Ulysse, il eût été plus juste de s’adresser au héros, appui d’Agamemnon qu’à la Déesse de Paphos.

Sur les dangers qu’Ulysse Choiseul faisait courir à la beauté, nous rapprochons du trait final du poète courtisan l’opinion de M. de Besenval.

« M. de Choiseul, dit-il, est d’une taille médiocre quoiqu’il soit laid, sa figure a quelque chose d’agréable. Aucune personne n’a possédé peut être autant que lui 1 art de séduire. — Il s’occupe beaucoup trop de femmes ; il a échoué auprès de celles qu’il a désirées. » Senac de Meilhan, dit presque dans les mêmes termes « Il était d’une taille médiocre et sa ligure pouvait être appelée laide avec des cheveux presque roux... » {Caractères et portraits du dix-huitième siècle .)

Le 22 mars, à deux heures, se place un billet confî-. dentiel de Louis XV à M. le comte de Broglie. La pièce, concerne madame du Barry ; elle est conçue en ces termes :

« Madame du Barry avoit vu votre lettre sur le gouvernement : ce n étoit pas un secret. À l’égard du gros paquet, elle le trouva sur ma table, elle voulut savoir ce que c'étoit, je ne voulus pas le lui montrer; le lendemain elle revint à la charge. Je lui dis que c’étoit sur des affaires de Po-

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logne, que comme vous y avies été ambassadeur, vous y avies encore quelques relations dont vous me rendies compte. Voilà tout ce que j’ai dit et fait. Je vois que vous aves été plus loing que moy. Je ne crois pas qu’elle le divulgue à M. de Choiseul. Il n’y a pas de mal à ce que vous aves fait. »

M. le comte de Broglie avait remplacé M. le prince de Conti, comme directeur en chef de la correspondance secrète de Louis XV. Il craignait sans cesse ou. affectait de craindre que M. de Choiseul, qui n’était pas admis à cette correspondance, ne vînt à l’apprendre et à faire retomber sur lui le poids de sa colère. C’est pour le rassurer que Louis XV lui écrit; il lui dit ce qu’il a fait avec madame du Barry et il ajoute ironiquement et assez finement : je ne crois pas qu’elle divulgue le peu qu’elle sait ni qu’elle le confie à M. de Choiseul, son adversaire implacable et déclaré. Un an plus tard, Louis XV écrivait encore : « Madame du Barry n’en sçait pas plus qu’elle n’en sçavait. Je ne sache pas que M. d’Aiguillon soit instruit et jamais ni lui ni madame du Barry n’ont été initiés à cette correspondance. »

Il est probable que c’est à cet incident que madame Campan a voulu faire allusion lorsqu’elle a dit que madame du Barry avait jeté au feu un paquet de dépêches que le roi ne voulait pas lui montrer. Si cette conjecture est vraie, on voit le cas qu’il faut faire de ces mémoires.

Nous avons un aperçu des dépenses de madame du Barry pour sa maison, pendant le mois de janvier 1770. Mais à cette époque les bordereaux des mandats payés sur ses ordres sont encore fort incomplets. Celui-ci s’élève toutefois déjà à 80,911 livres »

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Roettier y figure pour une petite somme de trois cents livres. Les autres articles énonçant les remises faites, à la favorite directement ou à ses agents ne donnent aucun détail sur l’emploi qui peut en avoir été fait; ils ne s’expliquent que par le titre général sous lequel ils sont compris : Dépenses de maison.

Les mémoires des fournisseurs nous révèlent quelques dépenses se rapportant au mois de janvier 1770.

Ainsi dans un mémoire de Buffaut on trouve, sous la date du 23 janvier de cette année :

« Pour achat fait à Londres de trois tables de bois précieux, ornementées en argent, façon, etc... monte à 188 livres sterlings, 4438 liv. 2 sols. »

Un autre mémoire de Davaux, brodeur, dont nous avons déjà vu de riches fournitures, contient cette éblouissante description d’une robe d’apparat.

« Du 8 janvier 1770, livré un grand habit, etc., la jupe, le corset et la pièce d’estomac, de tissu argent brodé en paillettes en or et argent et rehaussé (?) en or et paillons de couleur et sois (soie) ornée de toute sorte de bouquets — prix fait avec madame la comtesse pour la somme de dix mille six cents livres ', 10,600 livres.

Il y aaussidans les comptes de Buffaut des articles intitulés : Présents, qui peuvent se rapporter à l’époque de l’année où l’on se trouvait.

On voit dans le Mercure de France de mars 1770,

1. On lit dans le Journal d’Argenson, sous la date du 4 mai 1751, « la marquise de Pompadour paraîtra à Marlv avec une robe qui est garnie de dentelles d'Angleterre, pour plus de 22,500 livres » ce chiffre peut servir de terme de comparaison.

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page 163, des vers présentés à madame la comtesse duBarry, sur son portrait, les voici :

Pour peindre du Barry, sans le secours de l’art.

Il faut le plus beau teint, un coloris sans fard,

Le maintien sans apprêt, la taille fine et leste,

L’air grand, majestueux, le ris noble et modeste.

Des yeux dont la candeur annoncent la bonté,

Le regard enchanteur fait pour la volupté ;

Les qualités du cœur que l’on admire en elle Gages des sentiments d’une vertu réelle,

Et sa bouche de rose où gît la vérité Organe du bonheur et de l’humanité.

Peintres audacieux consultez la nature Loin de vous occuper à flatter l’imposture,

Connoissez ce beau tout, cet ensemble parfait Admirez du Barry, son âme est son portrait.

Par M. de Se r vins du Mobert.

Le Mercure n’a pas dit quel était le peintre qui a inspiré ces rimes; pourtant, il eût été curieux d’en savoir le nom. Ce portrait nous paraît se rapporter à celui de de Drouais, gravé par Beauvarlet. La taille fine et leste, le sourire franc, l’œil ouvert, bienveillant et enfin :

Ce regard enchanteur fait pour la volupté.

Voilà bien les traits qui caractérisent les peintures de Drouais. La beauté du teint, un coloris sans fard sont encore des signes auxquels on reconnaît madame du Barry. On sait qu’elle ne portait pas de rouge, le portrait physique est donc ici tracé d’après nature par un témoin oculaire, un contemporain. C’est là-ce qui en fait le prix. Quant à la partie morale, elle est moins réussie; l’humanité est encore un éloge véridique,

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auquel on peut souscrire, maisda vertu réelle est de trop, et la fin du morceau, bien commencé n’est plus qu’emphase et platitude. Servins du Mobert est un auteur absolument inconnu de nous : il manque même à la nomenclature dressée par Rivarol dans le petit Almanach de nos grands hommes où il serait pourtant digne de figurer.

A la date du 22 avril 1770 on trouve dans le registre des dépêches du roi, la lettre suivante adressée au contrôleur général :

« Madame la comtesse du Barry, a chargé le Sr Calmer l, négociant hollandois', de lui faire venir du vin de Pinto pour elle et pour le Roy avec quelques pièces de Perse. Les quatre caisses qui forment cet envoy sont arrivées à ■ Dunkerque, à mon adressé. Je vous prie de vouloir bien m’envoyer un passeport pour les faire venir à Paris, sans qu’elles soient ouvertes.

« J’ai l’honneur d’être avec respect, etc., etc.2. »

C’est aussi sur les confins de mars et d’avril 1770 que se place l’apparition d’un livre, qu’une adulation famélique inspira à un patriote d’antichambre comme le dit très bien Grimm ; il porte ce titre assez singulier : Le Royalisme ou mémoires de du Barry de Saint- Aunez et de Constance Cézelli, sa femme , anecdoctes héroïques sous Henri IV, par M. de L..... avec cette épigraphe tirée de Florus, Livre II, ch. n, nec ultimo sive carceris, sive crucis supplicio deformata majestas, imô his omnibus admirabilior. — Paris , Valade.

1. Calmer était un joaillier hollandais dont le nom figure souvent dans les comptes de madame du Barry. Il lui vendait des bijoux et des vins, notamment du vin de Constance.

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