‹ Histoire de madame du BarryChapitre 197 sur 304 · O1 412. Archives générales · texte numérisé non relu

O1 412. Archives générales

LES LOGES DE NANTES

MDCCLXX un volume in 8° de 155 pages. Le frontispice représente un médaillon de madame du Barry, environné d’une guirlande de roses et de rubans entrelacés. Au-dessous on lit ce quatrain :

Plaire, n’est pas l’unique soin pour elle,

Un goût plus vrai l’occupe tout le jour ;

Sensible aux maux d’autrui jusqu’au sein de la Cour, C’est pour obliger qu’elle est belle.

Cette pensée peut avoir été dictée par les grâces que madame du Barry avait récemment obtenues en faveur de criminels condamnés à mort ou par d’autres actes d’humanité que nous ne connaissons pas et qui avaient valu à la favorite une réputation générale de bonté.

Après le frontispice et le titre, se trouve une épître dédicatoire à la comtesse surmontée de ses armes accolées à celles des du Barry, telles que nous les avons décrites ci-dessus. Cette dédicace n’offre rien de remarquable, elle ne contient aucun fait biographique, elle se borne aux flatteries d’usage et va jusqu’à parler à madame du Barry des beaux traits de sa maison alors qu’il n’est question dans l’ouvrage que de la famille de son mari.

L’épître est signée : de L... On a longtemps ignoré quel était l’écrivain qui se cachait sous cette initiale; mais on a su par l’exemplaire offert à madame du Barry et conservé à la bibliothèque de Versailles, et par l’ancien catalogue de cette bibliothèque, que cet auteur était un sieur de Limairac. Ce nom se lit imprimé deux fois : Sur le titre et au-dessous de la dédicace de Limairac se trouve aussi indiqué dans le

LES LOGES DE NANTES

catalogue ancien de la ville de Versailles. Limairac n’est pas autrement connu, il dit dans sa préface avoir puisé son livre dans Y Histoire du Languedoc du bénédictin Dom Vaissette, ce qui est vrai, et YHistoire de Montpellier du chanoine d’Aigrefeuille. Son récit manque de simplicité dans le style, mais non pas d’intérêt; il fait descendre les du Barry d’une famille de pairs d’Irlande, dont un membre aurait émigré en France pour échapper aux persécutions d Elisabeth contre les catholiques. Cette branche des du Barry s’était fixée dans le Languedoc où elle s’était naturalisée ; elle prit une part active aux guerres civiles et religieuses de la fin du seizième siècle. L’un deux, connu sous le nom de Saint-Aunez, dénomination des aînés de la famille, combattit à Jarnac, à Montcontour et périt dans une embuscade. Son fils continua sa vie d’exploits et d’aventures ; à cette époque [de prouesses chevaleresques, les femmes combattaient aussi bien que les hommes; du Barry rencontra sous l’armure d’un chevalier une héroïne, Constance de Cézelli qui contribua à ses côtés à la défense du poste fortifié d’Ouveillan (Languedoc). Un mariage s’ensuivit ; du Barry, par ses services guerriers avait mérité d’être nommé gouverneur de Leucate, forteresse alors importante sur les frontières du Languedoc et du Roussillon. Malheureusement il tomba au pouvoir des Espagnols. Ceux-ci pensèrent qu’il y avait là un moyen de s’emparer de la place qu’en menaçant Constance Cézelli1 de mettre son mari

1. Immortelle Constance Cézelli! Comment n’a-t-on pas encore consacré, sur le théâtre de la Nation, ton sublime patriotisme, qui honore et ton sexe et ton siècle et ta patrie. — p. 8.

Du massacre de la Saint-Barthélemy. — Dictionn. historique par Gabriel Brizard, l’an 1er de la liberté. Paris, Garnery.

LES LOGES DE NANTES

à mort, ils la forceraient à capituler, mais elle resta inflexible et vit, sans songer à se rendre, du Barry subir le supplice de Régulus. De là lepigraphe tirée de Florus. Les Espagnols furent obligés de lever le siège. Henri IV frappé d’admiration donna à cette femme courageuse le gouvernement de la forteresse qu’elle avait défendue au prix de ce qu’elle avait de plus cher; il la nomma en outre dame d’honneur de la reine. Ces mœurs étranges, ces scènes de barbarie et de courage ne manquaient ni d’originalité ni de grandeur; seulement le récit était gâté par un ton emphatique et des discours déclamatoires dans le genre d’Arnaud de Baculard. Aussi Grimm a-t-il raillé impitoyablement le sieur de Limairac. « Si vous avec le courage de lire ces mémoires, vous y trouverez les exploits héroïques de M. et de madame du Barry, sous le règne de Henri IV, rapportés en

style héroïque, par l’héroïque M. de L . qui, se

livrant à son imagination héroïque, en fait une espèce de roman héroïque qu’il a dédié à madame la comtesse du Barry. »

Grimm aurait eu le courage de lire ces Mémoires, si l’auteur au lieu de citer vaguement la source de ses renseignements avait rapporté le texte de dom Vaissette et s’était contenté de retracer des événements parfaitement authentiques , il y aurait eu là les éléments cl’une histoire intéressante voire même d’un drame ; la déclamation et l’adulation ont tout gâté. L’intention de l’auteur paraît avoir été d’amener un parallèle alors fort à la mode, entre Henri IV et Louis XV1. Ce morceau se termine ainsi : « Ces

Page 1