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CHAPITRE XXIV

MARIAGE DU DAUPHIN DE FRANCE AVEC MARIE- ANTOINETTE DE LORRAINE, ARCHIDUCHESSE D'AUTRICHE. — 16 MAI 17 70. — TRAITEMENT DE MADAME DU BARRY PAR MARIE-ANTOI¬ NETTE. — ATTITUDE DE LA FAVORITE ENVERS LA DAU¬ PHINE.

Le 16 mai 1770, Marie-Antoinette de Lorraine, archiduchesse d’Autriche épousait à la chapelle du château de Versailles Louis-Auguste, dauphin de France, le futur Louis XVI. C’était là un grand événement pour l’Europe, pour la cour de Versailles et en particulier pour M. de Choiseul qui avait préparé de longue main cette union mémorable. Il semble que sa position en était considérablement fortifiée. Marie- Thérèse avait recommandé à sa fille de ne jamais oublier que son mariage' était l’œuvre de Choiseul. Marie-Antoinette fut fidèle à cette recommandation de sa mère. Quant à madame du Barry rien ne fut changé dans son modus vivendi. A la cour, elle assistait aux réceptions etaux fêtes du mariage1. Il pouvait

1. On a fait courir sur le rôle de madame du Barry dans ces fêtes, la plaisanterie suivante :

Hommage à la vérité.

« Comme la colonnade est destinée pour les personnes de distinction on y mettra tout ce qui peut l’embellir.

« Projet et description des fêtes qui doivent être données au

y avoir en ceci peu de décence de la part de Louis XV, mais il n’y avait pas de surprise. Sa conduite antérieure était publique, c’était à Marie-Thérèse de s’enquérir et de savoir s’il ferait pour sa petite-fille, ce qu’il n’avait pas fait pour ses filles propres. Si le roi ne voulait pas réformer sa vie, elle devait peut-être ne point exposer son enfant, si jeune, au contact d’une telle corruption. La mère devait l’emporter sur l’impératrice. Mais on verra que Marie-Thérèse était loin d’avoir ces scrupules, rien ne fut stipulé d’avance, rien ne fut modifié dans les habitudes de la cour. Marie- Antoinette se trouva placée aux tables de jeu auprès de madame du Barry, il en résulta les rumeurs les plus contradictoires. Les uns prétendirent que Marie- Antoinette répondant à des personnes qui lui demandaient comment elle trouvait la favorite, avait déclaré avec ingénuité qu’elle était charmante , adorable. On a encore raconté qu’au voyage de Compiègne le roi lui donnant à souper lui avait permis d’amener madame de Chaulnes et s’était fait accompagner luimême par madame du Barry, sur quoi la jeune princesse s’était écriée avec tout l’enjouement dont elle était capable: « Ah! Sire, je ne vous avais demandé qu’une grâce et vous m’en avez accordé deux! » (Les Anecdotes.) Enfin un historien, ardent royaliste pour-

peuple le mercredy 30 may 1770 à l’occasion du mariage de M. le Dauphin.

« La place destinée aux ministres sera entourée d'artifices , ce qui fera un bel effet. On lira au-dessus de celle de madame du Barry: « Multæ, antè te, multa congregarunt , sed tu multa « majora: ego dilectu meo, ad me conversio ejus. »

« Les inscriptions des pseaumes du Roy prophète seront lues et comprises par la Satyre et dictées par la Vérité. » ( Recueil de pièces chroniques. ) Cett’e prétendue citation paraît n’être en réalité qu’une parodie du texte sacré.

tant, a été jusqu’à dire que l’archiduchesse, se rappelant les instructions de sa mère, embrassa la favorite1 !

Laffont d’Aussonne rapporte ce mot « Les ennemis du duc de Ghoiseul voulurent l’exciter contre madame la Dauphine. La comtesse prudente quoique ingénue répondit toujours: « Je la trouve si aimable, elle porte mes modes avec plaisir. »

« La Dauphine pénétrée de reconnaissance! pour les bons procédés de la favorite et d’un tendre respect pour le roi ne se permit à son tour aucune improbation, aucune réflexion contre le rôle de la comtesse. »

D’un autre côté, on a dit dans un sens tout différent, que Marie-Antoinette avait conçu une véritable aversion pour madame du Barry, qu’elle avait fait éclater dans toutes les circonstances son antipathie contre elle; qu’elle l’avait même poursuivie de ses railleries, à la connaissance du roi.

On expliquait cette hostilité de la Dauphine, non seulement par les insinuations de Ghoiseul, mais par le ressentiment qu’elle aurait éprouvé en apprenant le langage offensant que madame du Barry tenait sur sa personne « on accusait cette dernière d’être jalouse de la Dauphine, de sa beauté, de sa grâce, et des hommages universels qu’elle avait reçus de l’avoir même desservie dans l’esprit de Louis XV, d’avoir fait publier contre cette princesse des anecdotes scandaleuses, de n’en parler qu’avec des termes de mépris de la nommer la petite Rousse (Biog. Didot) de lui faire un’crime de l’attachement qu’elle portait à M. de Ghoiseul, etc2. »

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