‹ Histoire de madame du BarryChapitre 202 sur 304 · E. Campardon · texte numérisé non relu

E. Campardon

de sa mère avaient dû précéder son départ de Vienne. Elle lui écrit le 12 juillet 1770:

« J’ai oublie de vous dire que j’ai écrie hier la première foi au ltoi. J’en ai une grande peur sachant que madame du Barry les lis toulte. Mais vous pouvez bien être persuadée ma très chère mère, que je ne ferai jamais de faute n’v pour n’y contre elle.

Marie-Antoinette tient parole, malgré les difficultés de la situation. La preuve s’en trouve dans une lettre de Mercy d’Argenteau à Marie-Thérèse du 19 juillet 1770.

« Le dernier séjour à Marly étoit pour madame la Dauphine une occasion assez difficile et délicate; elle s’y est comportée avec toute la prudence possible. Exposée à jouer tous les soirs avec la comtesse du Barry et à se trouver même quelquefois assise à côté de cette femme il n’est pas échappé à S. A R. le moindre geste qui eût pu donner matière à remarquer ni à dire qu’elle eût bien ou mal traité la favorite. Madame l’archiduchesse m’a dit qu’elle rendoit compte elle-même à V. M. de ce qui s’est passé au voyage de Marly.

Le comte Mercy d’Argenteau était ambassadeur d’Autriche en France. Il avait naturellement la confiance de Marie-Thérèse, sa souveraine, et celle-ci en avait fait le conseil et aussi le surveillant secret de sa fille. Elle lui écrivait le 30 octobre 1770.

« On débité ici tout plein de choses peu favorables à ma fille. C’est ce qui me fait souhaiter encore plus l’arrivé du courrier, ne voulant rien croire que ce que vous me dites. On dit que le Roi devient réservé et embarrassé avec elle, qu’elle heurte de front la favorite. »

Et il répond le 19 novembre :

« ... Je me suis assuré du service en sous-ordre de l’archiduchesse, c’est une de ses femmes et deux garçons de chambre qui me rendent un compte exact de ce qui se passe dans l’intérieur. Je suis informé jour par jour des conversations de l’archiduchesse avec l’abbé de Vermond auquel elle ne cache rien...

«Je puis donc attester sur la foi que je dois à mon Auguste Souveraine, etc....

« C’est avec aussi peu de fondement qu’on accuseroit S. A. R. de heurter de front la favorite. Il n’y a jamais en que des petits propos tenus.contre cette femme et que Mesdames ont toujours été les premières à mettre en train ; même à présent madame la Dauphine est plus réservée sur les propos en question au point qu’il se passe des semaines entières sans en citer un seul. »

Le moyen imaginé par Mercy d’Argenteau pour pénétrer dans les secrets les plus intimes de Marie- Antoinette fait songer au vers de Voltaire sur le vrai nom d’un ambassadeur1 il justifie ce passage delà Biographie de Leipsig, ouvrage royaliste, qui dit en parlant de Mercy. « IJ passait en général pour un négociateur assez adroit, mais pour un homme très immoral, voué à l’intrigue par caractère et par habitude ( verbo Mercy), » et Madame Elisabeth dans ses lettres le traite de vieux coquin plus propre à tromper la reine qu’à l’éclairer; il ressort en outre de ses informations une révélation curieuse, c’est que les propos tenus contre madame du Barry proviennent de Mes-

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