Juin
3. Campardon. Tribunal Révolutionnaire. Interrogatoire du 2 frimaire. Vol. I, p. 201.
Madame du Barry était alors en présence de l’échafaud : elle était trop intéressée à nier toute immixtion dans les affaires de l’État pour que ses aveux ne fussent pas sincères. Elle reconnaît avoir influencé, déterminé les choix du roi, pour des emplois importants ; elle s’accuse d’avoir sollicité et obtenu des pensions, des gratifications ; elle ne va pas au delà et l’interrogateur ne pousse pas les questions plus loin. C’est en style simple, ce que la galerie des Dames nationales, a dit en termes plus colorés dans le portrait d’Elmire, que les uns attribuent à Rivarol, d’autres à Mirabeau... et nous sommes de l’avis de ces derniers.
« Ce qui a valu des éloges à Elmire, ce n’est pas d’avoir atteint le trône des rois; elle y fut conduite par deux aveugles-nés : la Fortune et l’Amour. Mais bien d’avoir demeuré dans sa position, sans prétendre passer du lit de son amant dans son cabinet, ainsi que le fit cette femme altière, qui donna des maîtresses à son roi, des ministres à son conseil, des généraux à ses armées, des prélats à l’Église, des cachots à quiconque se permettait des murmures imprudents , femme méprisable que quelques poètes soudoyés ont dérobé à l’opprobre, mais dont le nom n’y échappera pas... »
En regard de ces documents, il faut mettre l’opinion des écrivains qui font de madame du Barry l’émule en politique de madame de Pompadour. A les entendre, madame du Barry a exercé une influence prépondérante sur toutes les affaires de l’État. Rien ne s’est fait sans elle, rien ne s’est fait que par elle. Elle a eu un système de gouvernement, des plan arrêtés, une politique suivie. C’est ce qu’ils appel-
lent : le ministère de madame du Barry ou de Cotillon III. Puis comme un ministre constitutionnel, elle est devenue responsable de tous les événements du règne pendant l’exercice de sa souveraineté. Louis XV, fatigué ou effrayé de l’affaire du duc d’Aiguillon, est-il intervenu pour mettre fin à ces orageux débats? C’est à la favorite que l’on s’en prend, à la blanchisseuse de cet infâme d' Aiguillon. M. le duc de Choiseul est-il renversé, par des causes inexpliquées et que les contemporains les mieux informés ne connaissaient pas parfaitement? La solution du problème est toute trouvée. Madame du Barry a fait sauter deux oranges et M. de Choiseul a sauté du même coup. Il en est de même de la chute des Parlements. C’est madame du Barry qui, avec le portrait de Charles Ier, par Van Dyck, terrifie le monarque et l’empêche de reculer dans la lutte ; et la Pologne, pourquoi a-t-elle été partagée; toujours à cause de madame du Barry. Ah! si M. de Choiseul avait encore été là, les choses ne se seraient pas passées ainsi. C’est, fait-on dire à Louis XV, c’est la conviction encore subsistante des enfants héroïques de cet infortuné pays qui ont trouvé asile chez nous.
Il faut prendre une à une chacune de ces erreurs et en faire justice.
Une des habiletés du duc de Choiseul est d’avoir fait croire qu’il s’était, retiré devant madame du Barry par pudeur et par dégoût. L’exil l’en punit, la France l’en récompensa, a dit fièrement son neveu M. le duc Gabriel de Choiseul1. Cette erreur, vingt fois reproduite, a retenti jusqu’à la tribune où