Discours sur les incompatibilités
2. V. Portraits et caractères du XVIIIe siècle. Édition Poulet, p. 33.
3. Gabriel Senac de Meilhan, fils de J. B. Senac premier médecin de Louis XV. Gabriel Senac né à Paris en 1736, intendant d’Aunis et successivement de Provence et de Hainaut, moi't à Vienne, 16 août 1803,
soupers des cabinets et chez elle ; des grimaces, quand au whist il est son partenaire (sic) des moqueries, des haussements d’épaules enfin de petites vengeances de pensionnaire, mais qui ne laissent pas d’écarter une sorte de gens, de sots à la vérité, mais c’est une petite brèche à la considération, jusqu’à présent, il n’y a encore rien qui attaque le crédit dans ce qui regarde ses départements... »
Ces aveux sont précieux, quand on songe qu’ils émanent d’une personne étroitement liée avec les Choiseul, par la parenté et l’amitié, recevant leurs confidences les plus intimes , initiée à tous leurs secrets, et reproduisant comme un écho fidèle les bruits de leurs salons. Voilà donc le grand, le vrai grief. N’ètre pas invité à ces soupers des cabinets qui remplissent tant de pages dans le duc de Luynes, ni à ceux qui ont lieu chez madame du Barry... C'est une brèche à la considération. Le crédit dans les affaires sérieuses n’en souffre pas, il est vrai, mais les sots s’écartent et c’en est trop, on ne peut s’en passer apparemment. Ce qui chagrine M. le duc de Choiseul, ce n’est pas d’être obligé d’aller chez cette prostituée déguisée en grande dame; c’est de ne pas être admis chez elle ; de n’avoir pas ses bonnes grâces, de subir même sa défaveur, ses grimaces, ses haussements d’épaule. Il serait volontiers son partner au whist, et c’est elle qui s’en défend ou s’y résigne avec peine. Révélations étranges et contraires au thème accrédité plus tard. Dans l’hypothèse de la fable, qui a eu cours si longtemps, le ministre refuse de fléchir le genou devant l’idole et avec lui se retire le génie de la France. Eh bien, non, les choses ne se sont pas passées ainsi. M. de Choiseul régnait incontesté dans
ses trois départements ; ses pouvoirs immenses étaient intacts ; cela ne lui suffît pas : il veut intervenir dans l’intérieur du roi : il veut plus encore : il faut que la favorite, qu’il fait, à la ville, insulter publiquement, dans les rues et sur les théâtres, à laquelle il refuse la moindre concession1, soit à la cour gracieuse et empressée auprès de lui.
On est bien obligé de reconnaître que les exigences du duc de Ghoiseul étaient contradictoires et déraisonnables, qu’elles sentaient leur homme gâté par le succès, par l’exercice du pouvoir absolu, par l’orgueil sans frein et l’ambition sans limites.
Les détails auxquels la lettre de madame du Défiant nous a initiés réfutent une autre prétention du parti des Ghoiseul. A les entendre « M. de Ghoiseul eût pu, comme d’Aiguillon, devenir l’amant secret de madame du Barry ; il en avait eu l’occasion et le pouvoir ; je l’ai entendu, dit M. Gabriel de Ghoiseul, se féliciter d’avoir résisté au double avantage qu’il eût pu y trouver2. Bien plus M. Gabriel de Choiseul se trouve, en 1793, dans un dîner arrangé à Londres, chez le banquier Thélusson ; il est placé à table auprès de madame du Barry ; elle lui parle beaucoup de son oncle , elle lui laisse entendre , avec une certaine grâce, que sa coquetterie avait été réelle pour M. de Ghoiseul, mais qu’elle l’avait trouvé froid et digne3. »
Il est impossible d’être plus clair; madame du Barry a fait des avances amoureuses à M. de Ghoiseul qui les a repoussées avec froideur et dignité4. C’est