‹ Histoire de madame du BarryChapitre 215 sur 304 · CHAPITRE XXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY

Il est peu d’hommes qui aient été attaqués aussi violemment et chargés de plus noires couleurs1. Il n’est pas d’affaire aussi obscure, aussi mal définie que son procès devant le Parlement de Paris. Nous ne saurions, à propos de madame du Barry, traiter un pareil sujet avec les développements qu’il comporte. Mais il est indispensable d’être fixé sur un grand personnage dont la destinée s’est trouvée liée à celle de la favorite. Il existe entre eux une solidarité qui rend cette étude nécessaire.

La lâcheté devant l’ennemi, le despotisme à Tinté-

1. Courtisan noir et profond qui tenait à la fois aux corrompus et aux dévots de cour et qui était tout ensemble le dign neveu de Richelieu et le protégé du Dauphin.

{Henri Martin. 1762-1764, p. 237.)

Le duc d’Aiguillon était un homme nul sous le rapport de l’intelligence, sans courage, rude, rancuneux, mais doué d’un peu d’esprit, et fort intrigant.

{Louis Lacour. — Préface des Mémoires de Lauzun.)

D’Aiguillon, dur, ingrat, tyrannique, ne montra jamais de l’autorité que ses rigueurs, courtisan délié, méchant homme,

rieur; tels sont les deux principaux griefs articulés contre M. d’Aiguillon , comme général d’armée et comme commandant d’une province 1.

Pour savoir ce qu’il y a de vrai dans ce concert d’invectives et d’exécrations, nous nous reporterons tout d’abord à une pièce qui ne trompe pas ; c’est l’état de services conservé au ministère de la guerre et dressé sur les papiers de chaque corps d’armée. Nous en présentons ici un aperçu, dans ses parties les plus essentielles.

« M. d’Aiguillon est entré au service à l’âge de dixsept ans, sous le titre de comte d’Agénois. Il fait sa première campagne sous les ordres du comte (le futur maréchal) de Saxe. Il prend part aux actions militaires de 1745 et rentre en France après avoir contribué à la défaite des ennemis à Rhinviller.

« Passé en Italie au mois de février 1744, sous le commandement du prince de Gonty, il se distingue à l’attaque d’anciennes fortifications appelées les Barricades et à la prise du château Dauphin, place très

ministre inhabile, il fut l’objet de la haine publique qu’il voulut braver et qui l’accabla.

(F. Barrière. — Notice sur madame Campan.)

Ce fut à cette époque que M. d’Aiguillon parvint au ministère des affaires étrangères. U fut aussi mauvais ministre qu’il avait été habile fripon , ses lettres particulières aux ministres dans les cours étrangères sont remarquables par les petites vues, les faux raisonnements et l’obscurité du style. Il dut son élévation à la protection de madame du Barry, elle fit disgracier le comte de Choiseul.

(Dépêches du comte de Vergennes, ministre de France, à Stockolm en 1172, publiée par M. de Montherot, dans les Mémoires de l’Académie de Lyon (Classe des lettres, K. 2S84). V. aussi ce qu’en dit d’Eon.

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