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Mémoires de Luynes , à la date

M. LE DUC D’AIGUILLOÎi (1745-1770).

Yoltri et est inscrit comme noble Génois sur le livre d’or de la République.

« Rentré en France, en février 1749, il devient duc d’Aiguillon par la mort de son père et il est nommé lieutenant général au comté Nantois (1750), puis commandant en chef dans la province de Bretagne; enfin lieutenant général en 1758. »

Ces états de service sont déjà beaux et honorables par eux-mêmes; ils montrent que M. d Aiguillon n’était pas un général de cour ; il avait gagné ses grades à la pointe de son épée, au risque de toutes les fortunes de la guerre ; tantôt blessé grièvement ou prisonnier par capitulation, tantôt au piemiei rang parmi les vainqueurs. Ce n’était pas un lâche que celui qui s’évadait pour recommencer une guene de sièges, c’était un digne élève de Maurice de Saxe et du prince de Conti, un Richelieu digne de son sang ; mais sa carrière n’était pas finie et il allait la couronner par une action mémorable.

La guerre nous avait été déclarée par l’Angleterre, on sait comment. Celle-ci avait envoyé sur les côtes de la Manche une flotte de 100 voiles avec des troupes de débarquement montant à environ 15,000 hommes. Cherbourg avait été pris et anéanti, Saint-Malo insulté, Saint-Servan pillé, on évaluait les dommages causés à 10 millions (50 millions de nos jours) et la flotte ennemie, maîtresse de la mer, menaçait alteinativement la Normandie et la Bretagne, depuis le Havre jusqu’à Brest.

M. d’Aiguillon était le commandant de la Bretagne, c’était donc à lui qu’incombait la tâche laborieuse de protéger les côtes de la presqu’île menacée. L’invasion, imminente, était d’autant plus difficile à com-

battre qu’il était impossible d’en prévoirie lieu. M.d’Aiguillon était à Brest, préparant la défense de cette position importante, tandis que les Anglais, commandés par le général Bligh, débarquaient dans l’anse de Sain t-Engard, près de Saint-Malo (5 septembre 1758) ; il fallait donc courir au devant d’eux de crainte qu’ils ne vinssent rançonner les villes de l’intérieur comme ils en annonçaient le projet. Les troupes étaient éparses dans toute l’étendue de la presqu’île armoricaine, pour les concentrer on devait leur faire parcourir cinquante lieues dans un pays sans routes tracées et arriver à temps, s’il était possible. M. d’Aiguillon y réussit : voici comment s’explique sur ce point l’état de services que nous reproduisons textuellement. « Les Anglais étant revenus au mois de septembre, au nombre de 12 à 13,000 hommes, le duc d Aiguillon fît ses dispositions et les joignit le onze comme ils se rembarquaient à l’anse de Saint-Cast; il les attaqua sur-le-champ, les força, les culbuta, leur tua environ 3000 hommes et fît 800 prisonniers dont 3 colonels, 4 lieutenants-colonels et 4 capitaines de vaisseau; l’artillerie leur coula à fond 3 barques chargées de 12 compagnies1. »

« On a admiré surtout les précautions du duc d'Ai-

1. Lord Frédéric Cavendish, troisième fds du duc de Devonshire, ayant été fait prisonnier à Saint-Cast, fut logé chez le duc d Aiguillon et plus tard renvoyé sur parole. Mais pendant quelque temps il refusa cette faveur pour ne pas violer, disait-il, son engagement en votant des subsides pour la continuation de a guerre. C est probablement à ces faits, que M. d’Aiguillon dut le surnom de Cavendish qui lui est donné par madame de Pompadour dans les lettres postérieures au II septembre 1758. M. Poulet Malassis a supposé, que c’était le titre de quelque roman anglais. Nous croyons que c’est une conjecture erronée.

guillon pour presser la marche des troupes répandues dans la province sans les fatiguer, et l’habileté de ses manœuvres vis-à-vis de l’ennemi, qui ont procuré le succès de cette journée1. »

Voilà donc une victoire remportée en bataille rangée sur un ennemi insaisissable d’abord et ensuite protégé par une flotte de 100 voiles; les résultats matériels sont évidents, l’effet moral est immense. Toute la Bretagne, délivrée du fléau de la guerre, retentit d’actions de grâces, les États de la province font frapper une médaille qui porte cette inscription .

Anglis, Aiguillono Duce,

Ad Sanctum Castum profligatis.

Le triomphe est complet ; c’était le début de d’Aiguillon comme commandant en chef, mais on a vu que ce commandement avait été précédé de vingt années de services sous les meilleurs maîtres.

Avant d’examiner ce qui va être le revers de cette médaille ajoutons encore un mot qui, à nos yeux, est un jugement définitif sur la valeur de d Aiguillon comme homme de guerre.

L’année suivante, il fut question d’opérer une descente en Angleterre : on rassembla des troupes en Bretagne, d’Aiguillon fut désigné pour les commander : par qui? par le maréchal de Belle-Isle, celui que le grand Frédéric appelait le Newton de la guerre; ce choix dit tout.

Mais c’est avec raison qu’on a défini la gloire « un rayon de soleil qui se résout dans les larmes, comme

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