Yoy. Catalogue de la Bibl., p
Un ouvrage sérieux, publié récemment, représente encore M. d’Aiguillon « dans son moulin, ayant choisi ce poste pour se mettre à l'abri des boulets! » (sic). Il faut avouer que l’abri était bien imaginé et qu’un moulin à vent devait être une protection efficace contre les bombes des 100 vaisseaux de la flotte anglaise ! S’il se fût agi d’une cave, encore, mais une construction légère en planches et en plâtre ! Il est triste de penser qu’une pareille fable ait traversé un siècle, sans contradiction, sans critique, tant chez nous, la passion l’emporte sur la froide raison, le clinquant de l’esprit sur le simple bon sens ! Il est vrai que la première tradition a dévié et s’est transformée en une autre légende, non moins absurde : M. d’Aiguillon était dans le moulin pour faire la cour à la meunière tandis que le mari de celle-ci combattait les Anglais. Les auteurs d’un recueil publié sur la bataille de Saint-Cast en 1858 à l’époque où un monument commémoratif fut inauguré se sont donné la peine de réfuter l’historiette de la meunière ; nous ne pouvons que renvoyer à leur intéressant travail ; nous leur empruntons seulement la citation d’un passage tiré de Smolett, historien anglais.
Il dit :
« ... Les Français s’établirent sur une éminence couronnée par un moulin à vent et découvrirent une batterie de 10 pièces de canon et de 8 mortiers. Celte batterie ouvrit tout de suite un feu meurtrier sur les troupes de la baie et sur les embarcations qui les transportent à bord des vaisseaux. »
Et plus loin :
« Le feu des batteries que l’ennemi avoit élevées sur la colline couronnée par un moulin à vent fut surtout très
vif; mais le massacre eût été moins grand, si les soldats n’eussent été exaspérés par le tir de nos frégates qui continua même après la déroute des Anglais. »
Ainsi, le moulin en question n’était point un refuge, un nid pour des amourettes de garnison : c’était le centre de deux batteries qui faisaient un feu plongeant sur l’ennemi et appelaient nécessairement les représailles de la flotte à laquelle le moulin devait servir de point de mire. Aussi nos soldats étaient-ils exaspérés, dit Hume1 et répète Smolett, par le tir.des frégates anglaises.
Cette batterie, rangée autour du moulin, était celle de l’héroïque Yillepatour qui rend pleine justice à M. d’Aiguillon dans ses Mémoires 2.
Mais, répondra-t-on, la flotte était nécessairement à une certaine distance du rivage, et peut-être les projectiles n’atteignaient-ils pas jusqu’au moulin? Il y a à cette objection une réponse péremptoire ; elle se trouve dans une pièce conservée au dépôt de la guerre; c’est une lettre d’un président du parlement de Bretagne M. de Montboureher, qui avait marché à l’ennemi à la tête de la milice qu’il avait levée dans ses domaines ; il était arrivé trop tard pour prendre part à l’action ; son compte rendu n’en était que plus impartial; il a joint un plan manuscrit à son rapport, la flotte et les hauteurs se trouvant à l’opposite sont très clairement représentées. Le moulin à vent est dessiné avec soin et sur la même ligne que ce moulin; et auprès de lui on lit ces mots deux fois répétés : Hauteur où V armée française était canonnée. Ce plan manuscrit