‹ Histoire de madame du BarryChapitre 234 sur 304 · Grimm, janvier 1760, IV · texte numérisé non relu

Grimm, janvier 1760, IV

La légende fit son chemin, malgré son évidente absurdité, et au moment du procès, en 1770, M. d’Aiguillon, accusé, dut recourir à M. de Choiseul et en obtint une lettre justificative, conçue en ces termes :

Monsieur le Duc,

Je déclarerai et affirmerai en toutes occasions et en tous lieux, à la cour de Paris, si vous le jugez à propos, que rien n’est si faux, si criminel et si bête que l’assertion de l’envoi d’un courrier de ma part pour empêcher une exécution quelconque en Bretagne, et je me porterai partie pour affirmer que je n’ai aucune connoissance qui puisse autoriser des bruits que l’on veut répandre à votre désavantage et au mien sur cette exécution.

Versailles, 27 mai 1770.

Signé: Duc de Choiseul1.

Cette lettre fut imprimée dans le premier mémoire publié, le 16 juin 1770, par M. d’Aiguillon ; elle ne fut pas démentie, elle peut donc être considérée comme authentique ; elle prouve à quel point la passion avait égaré les esprits puisque M. d’Aiguillon était obligé d’invoquer le témoignage de son futur rival pour avoir justice d’une calomnie insensée qui se réfutait d’elle-même. Elle a encore une autre portée, elle prouve qu’en mai 1770 M. de Choiseul était d’accord avec M. d’Aiguillon.

On voit aussi combien il eût été avantageux pour

1. Malgré cette déclaration de M. de Choiseul, il paraissait encore à la fin de l’année 1770, un mémoire où l’on prétendait prouver « que M. d’Aiguillon avait tout mis en usage à Rennes et à Saint-Malo, pour faire périr les détenus et surtout M. de la Chalotais. (Bachaumont. 9 déc. 1770), 5e vol., p. 233.

M. d’Aiguillon que la procédure fût continuée. C’est ce que reconnaît le Parlement lui-même : « le duc d’Aiguillon, dit-il, chargé et non lavé, privé des moyens mêmes d’acquérir sa justification, que la seule continuation de la procédure aurait pu lui procurer, ne peut être admis à partager les nobles et importantes fonctions de la pairie1. »

On n’avait entendu que des témoins à charge contre lui, et quels témoins ! Aussi abjects, pour la plupart, qu’absurdes. Il aurait eu son tour et aurait pu produire des témoignages semblables à celui que lui offrait M. le duc de Choiseul. Il ne pouvait que gagner au contraste. Il n’avait même pas encore été interrogé, ses mémoires seuls avaient paru et, dit madame du Defî'and, « avoient produit un assez grand effet dans le public2. » — Elle rend compte du lit de justice qui suspend les procédures, puis elle ajoute : « Les amis de M. d’Aiguillon publient qu’il est très mécontent de ce qu’il ne peut plus être jugé juridiquement. » Tout ce que nous venons de dire démontre que ce regret était sincère, c’est ce que semblent indiquer les lettres patentes du 27 juin 1770 : « Quelque intéressant qu’il puisse être pour notre cousin, le duc d’Aiguillon, et pour tous ceux qui ont été nommés avec lui dans les procédures de produire leur justification dans les formes accoutumées. » Et ce discours du chancelier, à la séance du 3 septembre, « que si Sa Majesté doit au duc d’Aiguillon de se justifier, elle se doit à elle-même de ne point laisser pénétrer dans le secret de l’État. »

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